La Sardaigne s’insurge contre un projet d’accueil de prisonniers mafieux (AP)
La Sardaigne s’insurge contre un projet d’accueil de prisonniers mafieux (AP)

Un projet du gouvernement italien visant à transférer en Sardaigne une partie des prisonniers mafieux les plus dangereux suscite une vive colère sur l’île, où élus et habitants redoutent une nouvelle stigmatisation et des conséquences sécuritaires durables.

Selon les autorités pénitentiaires, jusqu’à un tiers des détenus relevant du régime de haute sécurité pourraient être envoyés dans des établissements sardes, notamment à Nuoro, dans le centre montagneux de l’île. L’objectif affiché est de désengorger les prisons du continent et de mieux répartir les détenus les plus surveillés.

Mais en Sardaigne, cette perspective ravive un traumatisme historique. L’île a longtemps accueilli des « colonies pénitentiaires » et craint de voir renaître l’image d’un territoire relégué pour les détenus les plus dangereux. « Nous ne sommes pas l’île du diable », dénoncent plusieurs responsables locaux, estimant que le projet porte atteinte à l’identité et à l’économie locales.

Les opposants soulignent également des risques sécuritaires. Selon eux, l’arrivée de figures majeures du crime organisé pourrait entraîner l’installation de proches ou de réseaux de soutien, avec un risque d’infiltration de l’économie locale. Des élus redoutent notamment des pressions sur des secteurs déjà fragiles comme le bâtiment, l’agriculture ou les services.

Les autorités locales mettent aussi en avant l’état des infrastructures. Les prisons sardes, tout comme les forces de police et le système de santé, sont déjà sous tension. Accueillir davantage de détenus classés dangereux nécessiterait, selon elles, des moyens humains et financiers supplémentaires qui ne sont pas garantis à ce stade.

À Rome, le gouvernement défend le projet en assurant que les établissements concernés sont adaptés et que des mesures de sécurité renforcées seraient mises en place. Les autorités insistent sur le fait que le transfert de détenus ne signifierait pas un abandon de l’île, mais au contraire des investissements supplémentaires.

Le débat reste vif, alors que syndicats, élus locaux et habitants demandent des garanties claires, voire l’abandon pur et simple du projet. Pour beaucoup de Sardes, l’enjeu dépasse la seule question carcérale et touche à la place de l’île au sein de l’Italie.

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