Des milliers de personnes ont défilé dimanche dans plusieurs villes croates pour protester contre la montée de l’extrême droite, alors qu’une succession d’incidents récents a ravivé des tensions ethniques et politiques dans ce pays membre de l’Union européenne. Les rassemblements, organisés sous le slogan « Unis contre le fascisme », ont réuni une foule nombreuse à Zagreb, où les participants ont scandé « nous sommes tous antifascistes » et accusé les groupes radicaux de vouloir instaurer un climat de peur.
Les manifestants ont réclamé des mesures fermes contre les organisations d’extrême droite et l’usage répété de symboles liés au régime oustachi, l’État pro-nazi croate de la Seconde Guerre mondiale, responsable de camps de concentration où des dizaines de milliers de Serbes, Juifs, Roms et Croates antifascistes furent exécutés. Une déclaration lue lors du rassemblement a dénoncé une vision du patriotisme fondée sur « l’épisode le plus sombre » de l’histoire croate et appelé au respect des minorités nationales.
À Zagreb, la journaliste Maja Sever a mis en garde contre une dynamique « très dangereuse », saluant la mobilisation en faveur d’une société démocratique. Des contre-manifestations ont toutefois eu lieu à Rijeka et Zadar, où des groupes de jeunes en noir ont lancé insultes, pétards et peinture rouge sur les participants, selon la télévision publique HRT.
En novembre, plusieurs incidents violents avaient visé des événements culturels serbes à Zagreb et Split, ravivant la crainte d’un retour des violences ethniques, près de trente ans après la guerre entre Croates et Serbes. Les groupes extrémistes ont également pris pour cible des responsables politiques, des associations progressistes et des travailleurs étrangers, reprenant régulièrement le salut « Pour la patrie – prêts ! », slogan emblématique du régime oustachi.
Les critiques imputent en partie cette dérive à la coalition formée l’an dernier entre les conservateurs du Premier ministre Andrej Plenkovic et un parti d’extrême droite, qui a laissé les représentants politiques serbes hors du gouvernement pour la première fois depuis des années. Le phénomène s’est accentué après un concert massif donné en juillet par le chanteur nationaliste Marko Perkovic, connu pour ses références controversées à ce slogan dans l’un de ses titres les plus populaires.
Plenkovic rejette toute complaisance envers les discours néofascistes, accusant ses opposants de dramatiser la situation. La Croatie, marquée par l’héritage de la Yougoslavie et les guerres des années 1990, a rejoint l’Union européenne en 2013 après avoir intégré l’OTAN quatre ans plus tôt.