WASHINGTON — Des avocats de la défense des droits des migrants ont révélé mercredi que des personnes détenues aux États-Unis ont été informées par les autorités de leur future expulsion vers la Libye, un pays dont elles ne sont pas originaires. Une décision que le gouvernement américain cherche à mettre en œuvre malgré les graves violations des droits humains documentées dans ce pays. Un juge fédéral a immédiatement suspendu ces expulsions, soulignant que les migrants doivent avoir la possibilité de contester cette mesure devant la justice.
Cette affaire s’inscrit dans une campagne plus large menée par l’administration Trump pour accélérer les expulsions de masse, y compris vers des pays tiers avec lesquels les migrants n’ont aucun lien. Parmi les précédents controversés, certains Vénézuéliens ont été transférés dans une prison tristement célèbre au Salvador. Expulser des personnes vers la Libye représenterait une escalade majeure dans cette politique.
Selon un responsable américain, un vol militaire à destination de la Libye était en préparation, à bord d’un avion C-17. Ce dernier n’a cependant pas donné plus de précisions sur le calendrier de l’opération. D’après des avocats, plusieurs migrants originaires notamment du Vietnam, du Laos et des Philippines ont été informés par les services d’immigration qu’ils seraient expulsés vers la Libye, voire vers l’Arabie saoudite.
Mardi, des agents d’Immigration and Customs Enforcement (ICE) ont rassemblé six détenus dans le sud du Texas, leur demandant de signer un document les autorisant à être transférés en Libye. Face à leur refus, ils auraient été isolés et menottés, dans des conditions proches de la détention solitaire, selon les témoignages recueillis et cités par les avocats dans un dossier judiciaire.
Le juge fédéral Brian E. Murphy, qui supervise une plainte contre la politique d’expulsion vers des pays tiers, a rappelé mercredi qu’il avait déjà statué en mars sur la nécessité d’accorder à ces personnes un « recours significatif » avant toute expulsion vers un pays autre que le leur. Il a déclaré que toute tentative d’expulsion imminente vers la Libye constituerait une « violation manifeste » de son ordonnance et a exigé que le gouvernement fournisse des informations détaillées sur ces expulsions envisagées.
Le gouvernement libyen, basé à Tripoli, a démenti toute coordination avec les États-Unis pour accueillir des migrants. Il a toutefois évoqué l’éventualité d’un accord avec des « parties parallèles », faisant probablement référence à l’administration rivale de l’Est du pays dirigée par le maréchal Khalifa Haftar. Ce dernier a également nié toute implication, déclarant qu’aucun migrant ne serait accepté sur les territoires contrôlés par ses forces.
Les violations des droits des migrants en Libye sont bien documentées. Des rapports des Nations unies évoquent des crimes potentiels contre l’humanité, allant du meurtre à l’esclavage, en passant par la torture et le viol. De nombreux témoignages font état de violences répétées dans les centres de détention libyens, où des rançons sont souvent exigées aux familles, et où les victimes portent les marques de graves sévices physiques.
Ces révélations relancent le débat sur la légalité et l’humanité des politiques d’expulsion vers des pays tiers, surtout lorsqu’il s’agit de destinations connues pour leurs traitements inhumains envers les migrants.