Cinq ans après George Floyd, le recul des avancées ravive les inquiétudes sur la justice raciale
Cinq ans après George Floyd, le recul des avancées ravive les inquiétudes sur la justice raciale

Cinq ans jour pour jour après la mort de George Floyd à Minneapolis, le combat pour la justice raciale aux États-Unis semble confronté à un recul significatif. Le 25 mai 2020, les images d’un policier blanc agenouillé pendant plus de neuf minutes sur le cou de cet homme noir de 46 ans, qui criait « Je ne peux pas respirer », avaient déclenché une vague mondiale de protestations. Aujourd’hui, les espoirs suscités par ce mouvement apparaissent fragilisés.

De nombreuses promesses faites à l’époque — réformes policières, engagements des entreprises contre les discriminations, programmes de diversité — ont depuis été revues à la baisse, voire abandonnées. Les militants dénoncent un retour en arrière, notamment sous l’administration du président Donald Trump, qui a pris pour cible les politiques de diversité, équité et inclusion. Mais les signaux de désengagement étaient visibles bien avant son retour à la Maison Blanche.

À Houston, lors d’un événement commémoratif, Shareeduh McGee, cousine de George Floyd, a exprimé sa désillusion : « Si cette perte immense n’entraîne pas de changement, alors sa mort aura été vaine. » Comme d’autres défenseurs des droits civiques, elle fustige notamment la décision du ministère de la Justice de cesser la surveillance de certains services de police, instaurée après une série de bavures.

Pour Derrick Johnson, président de la NAACP, l’assassinat de Floyd a permis une prise de conscience nationale, mais une « lassitude regrettable » s’est installée depuis. Une tendance que les chercheurs qualifient de « fatigue raciale », observée historiquement après chaque avancée en matière de droits civiques aux États-Unis.

Selon un récent sondage du Pew Research Center, 72 % des Américains estiment que l’accent mis sur les inégalités raciales n’a pas amélioré la condition des Afro-Américains. Et 67 % des personnes noires interrogées doutent que le pays parvienne un jour à l’égalité raciale.

Face à ce désenchantement, des figures comme le révérend Al Sharpton appellent à une mobilisation renforcée. Il prévoit une grande marche sur Wall Street en août pour dénoncer le désengagement du secteur privé et rappeler l’impact du pouvoir économique des Afro-Américains. Des entreprises ayant promis des milliards pour la justice raciale en 2020 ont depuis réduit ou abandonné ces engagements.

Malgré tout, les militants refusent de baisser les bras. Le mouvement Black Lives Matter, désormais tourné vers des actions politiques locales, continue de faire pression sur les législateurs pour financer des initiatives concrètes, comme le soutien à la santé mentale ou les droits des personnes transgenres noires.

« Il est temps de redoubler d’efforts », affirme Melina Abdullah, fondatrice de BLM Grassroots. Cinq ans après, la lutte pour la justice raciale est toujours bien vivante, mais elle doit désormais composer avec un contexte politique tendu, des reculs institutionnels, et un scepticisme croissant au sein même de la société américaine.

Partager