Avant le scrutin, l’Ouganda coupe Internet et muselle les organisations de défense des droits humains
Avant le scrutin, l’Ouganda coupe Internet et muselle les organisations de défense des droits humains

Les autorités ougandaises ont coupé l’accès à Internet et restreint les services de téléphonie mobile mardi, à deux jours d’une élection présidentielle controversée lors de laquelle le président Yoweri Museveni brigue un septième mandat après près de quarante ans au pouvoir. La décision intervient dans un climat marqué par des accusations de répression accrue à l’encontre de l’opposition.

La Commission ougandaise des communications a ordonné aux opérateurs de suspendre les connexions Internet publiques à partir de 18 heures, invoquant la nécessité de lutter contre la « désinformation, la mésinformation, la fraude électorale et les risques connexes ». Dans une lettre adressée aux fournisseurs de services, l’autorité a reconnu les perturbations que cette mesure pouvait entraîner, tout en appelant à la coopération pour préserver la stabilité nationale durant cette période jugée sensible.

À l’approche du vote, les forces de sécurité ont arrêté des centaines de partisans de l’opposition et dispersé à plusieurs reprises des rassemblements de campagne du principal rival de Museveni, la star de la pop Bobi Wine, à l’aide de balles réelles et de gaz lacrymogène, selon des témoins et des organisations de défense des droits. L’accès à Internet a effectivement été interrompu dans la soirée de mardi, a confirmé un témoin de Reuters.

Le président Museveni, âgé de 81 ans, dirige le pays depuis 1986. Il a modifié à deux reprises la Constitution afin de supprimer les limites d’âge et de mandat, consolidant ainsi son emprise sur les institutions. Selon des analystes, cette concentration du pouvoir rend peu probable une alternance politique dans ce pays d’Afrique de l’Est de 46 millions d’habitants.

Parallèlement, le gouvernement a ordonné à deux organisations locales de défense des droits humains de cesser immédiatement leurs activités avant le scrutin de jeudi. Ces groupes avaient dénoncé des détentions arbitraires et des actes de torture présumés visant des partisans de l’opposition et des journalistes. Le Bureau national des ONG a accusé ces organisations de mener des activités jugées « préjudiciables » à la sécurité nationale.

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a affirmé que l’élection se déroulait dans un climat de répression et d’intimidation, citant l’usage de munitions réelles contre des rassemblements pacifiques, des arrestations arbitraires et des enlèvements présumés de militants. Le gouvernement ougandais n’a pas répondu aux demandes de commentaires sur ces accusations, mais il soutient que les actions des forces de sécurité sont justifiées par des comportements illégaux attribués aux partisans de l’opposition.

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