Artisan de la paix entre Washington et Téhéran, le Pakistan peut-il enfin transformer son succès diplomatique en miracle économique ?
Artisan de la paix entre Washington et Téhéran, le Pakistan peut-il enfin transformer son succès diplomatique en miracle économique ?

Le rôle joué par le Pakistan dans la médiation ayant conduit à un accord de paix dans le conflit impliquant l’Iran lui a valu une reconnaissance diplomatique internationale rare. Alors qu’Islamabad est salué pour sa contribution à l’apaisement d’une crise susceptible de bouleverser l’économie mondiale, de nombreux observateurs s’interrogent désormais sur les retombées économiques concrètes que le pays pourrait en tirer.

Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif et le chef de l’armée, le maréchal Asim Munir, ont participé récemment à des discussions entre responsables iraniens et américains en Suisse. Ces négociations ont constitué l’aboutissement de plusieurs mois d’efforts diplomatiques menés par Islamabad dans l’un des dossiers géopolitiques les plus sensibles du moment.

Selon plusieurs analystes, cette implication a renforcé la crédibilité internationale du Pakistan. Le pays pourrait désormais bénéficier d’une confiance accrue de la part des investisseurs étrangers et de ses partenaires internationaux. Des responsables pakistanais estiment qu’une image associée à la stabilité et à la paix pourrait favoriser les investissements dans les infrastructures, les nouvelles technologies et d’autres secteurs stratégiques.

Certains experts évoquent également la possibilité d’un rapprochement économique plus important avec les États-Unis, les pays du Golfe, la Turquie ou encore la Chine. Une éventuelle levée des sanctions visant l’Iran pourrait en outre ouvrir la voie à une intensification des échanges commerciaux entre Islamabad et Téhéran, notamment à travers leur frontière commune dans la région du Baloutchistan.

Toutefois, de nombreux économistes mettent en garde contre des attentes excessives. Selon eux, les gains diplomatiques ne suffiront pas à résoudre les problèmes structurels qui freinent depuis longtemps le développement du Pakistan. Le pays reste confronté à des défis majeurs tels qu’une base fiscale limitée, de fortes inégalités sociales, une faible compétitivité des exportations et une dépendance récurrente à l’aide du Fonds monétaire international.

Cette situation rappelle à certains observateurs la période qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001. À l’époque, le rapprochement avec Washington avait permis au Pakistan d’obtenir des allègements de dette, un soutien financier international et une aide américaine importante. Pourtant, les réformes nécessaires pour transformer durablement l’économie n’avaient pas été menées à bien.

Pour plusieurs analystes, la différence aujourd’hui est que le Pakistan est perçu comme un médiateur et non comme un acteur engagé dans un conflit. Cette position lui confère un poids diplomatique plus large auprès de plusieurs puissances régionales et internationales. Mais même les experts les plus optimistes reconnaissent que la véritable clé de la réussite économique réside dans les réformes internes plutôt que dans les récompenses diplomatiques.

Comme l’a résumé l’ancien ministre des Finances Miftah Ismail, le prestige international acquis par Islamabad ne suffira pas à lui seul à résoudre les difficultés économiques du pays. Sans transformation profonde de son modèle économique, le Pakistan risque de continuer à dépendre du soutien financier extérieur malgré les succès enregistrés sur la scène diplomatique.

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