Addis-Abeba accuse l’Érythrée de massacres de masse pendant la guerre du Tigré
Addis-Abeba accuse l’Érythrée de massacres de masse pendant la guerre du Tigré

Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a accusé mardi, devant le Parlement, les troupes de l’Érythrée d’avoir commis des « massacres de masse » durant la guerre du Tigré, marquant la première reconnaissance officielle par Addis-Abeba de l’implication directe érythréenne dans ce conflit achevé en 2022. Selon des estimations, plus de 400 000 personnes auraient péri pendant la guerre.

Abiy Ahmed a décrit des exactions à Axoum, Shire et Adwa : maisons détruites, jeunes « massacrés », usines pillées. « La fracture n’a pas commencé avec la question de la mer Rouge », a-t-il affirmé, liant ces accusations au différend stratégique plus large sur l’accès éthiopien au littoral.

Asmara a immédiatement rejeté ces propos. Le ministre érythréen de l’Information, Yemane Gebremeskel, a dénoncé des « mensonges méprisables » et accusé le chef du gouvernement éthiopien d’avoir changé de discours depuis qu’il plaide pour un « accès souverain à la mer ». Il rappelle qu’Addis-Abeba louait auparavant l’armée érythréenne et ses officiers.

Le retour des tensions autour de la mer Rouge

L’Éthiopie a perdu son accès souverain à la mer Rouge lors de l’indépendance de l’Érythrée en 1993. Depuis, la question du débouché maritime reste un sujet hautement sensible. Abiy Ahmed a martelé que « la mer Rouge et l’Éthiopie ne peuvent rester séparées éternellement », une formule qui alimente les craintes d’escalade.

Après la paix conclue en 2018 (qui avait valu à Abiy un prix Nobel) les relations se sont de nouveau dégradées. Chacun accuse l’autre de préparer la guerre : Addis-Abeba affirme qu’Asmara arme des groupes rebelles, tandis que l’Érythrée soupçonne l’Éthiopie de visées sur ses ports.

Des analystes évoquent désormais un possible rapprochement entre l’Érythrée et des forces régionales au Tigré, alors que des combats auraient repris ces dernières semaines. Les vols de la compagnie nationale vers la région ont été annulés, signe d’une dégradation sécuritaire qui ravive les plaies d’un conflit à peine refermé.

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