À Alep, un quartier kurde se relève des affrontements avec l’espoir d’un nouveau départ (AP)
À Alep, un quartier kurde se relève des affrontements avec l’espoir d’un nouveau départ (AP)

Un mois après les affrontements qui ont secoué un quartier à majorité kurde d’Alep, la grande majorité des habitants ayant fui les combats est revenue chez elle. Dans le secteur de Sheikh Maqsoud, près de 90 % des résidents déplacés ont regagné leur domicile, un retour jugé exceptionnellement rapide dans un pays où des millions de personnes vivent déplacées depuis des années.

Les violences avaient éclaté le 6 janvier, à la suite d’un blocage des discussions entre les forces gouvernementales et les Forces démocratiques syriennes (FDS) sur l’intégration de ce puissant groupe armé au sein de l’armée nationale. Après plusieurs jours de combats intenses, les forces de sécurité ont repris le contrôle des quartiers de Sheikh Maqsoud, Achrafieh et Bani Zaid. Au moins 23 personnes ont été tuées et plus de 140 000 habitants déplacés.

Selon des résidents, l’armée syrienne a ouvert des couloirs humanitaires avant son entrée dans les quartiers disputés afin de permettre aux civils de fuir. Si la crainte de représailles était forte après le retrait des forces kurdes, les habitants affirment que les forces gouvernementales n’ont pas mené d’attaques contre la population. Un cessez-le-feu conclu entre Damas et les FDS tient pour l’instant, et des discussions se poursuivent sur l’intégration politique et militaire.

Dans les rues, les commerces ont rouvert et la circulation a repris. Les points de contrôle sont désormais tenus par les forces gouvernementales. Malgré le calme relatif, les stigmates des combats demeurent visibles, notamment dans des bâtiments endommagés et un hôpital du quartier qui avait été visé pendant les affrontements. Chaque camp accuse l’autre d’avoir militarisé les lieux.

Si la sécurité semble stabilisée, la situation économique inquiète. De nombreux habitants travaillaient pour des administrations locales affiliées aux FDS et se retrouvent aujourd’hui sans emploi. Les coupures d’électricité et la baisse de la clientèle ont également fragilisé les petits commerces. Dans un pays éprouvé par plus d’une décennie de guerre civile, les difficultés matérielles s’ajoutent à la fatigue accumulée.

Sur le plan politique, le président par intérim Ahmad al-Sharaa a récemment annoncé un décret renforçant les droits de la minorité kurde, représentant environ 10 % de la population syrienne. Le texte reconnaît notamment la langue kurde comme langue nationale aux côtés de l’arabe et fait de la fête de Nowruz un jour férié officiel. Il prévoit également la restitution de la citoyenneté à des dizaines de milliers de Kurdes qui en avaient été privés lors d’un recensement en 1962.

Pour beaucoup d’habitants, l’espoir dépasse la simple stabilisation sécuritaire. Après quatorze années de guerre et de déplacements successifs, certains aspirent à un véritable processus de réconciliation entre communautés kurdes, arabes et autres minorités. Dans un contexte encore fragile, le retour rapide des habitants dans ce quartier d’Alep apparaît comme un signe encourageant, mais précaire, sur le chemin d’une normalisation plus large.

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