Pendant près de 7 ans, Marlène Schiappa affirme avoir été la cible quotidienne de menaces de mort, d’insultes et de campagnes de haine sur Internet. L’ancienne ministre raconte les violences qu’elle a subies dans La Meute en réseau, un documentaire diffusé ce jeudi à 21 heures sur Téva. Elle y décrit un harcèlement incessant, des photomontages humiliants et des menaces qui ont également touché sa famille.
Des menaces de mort quotidiennes et des centaines de plaintes
Marlène Schiappa raconte avoir vécu pendant ses années au gouvernement sous une pression permanente. De 2017 à 2023, celle qui a notamment occupé les fonctions de secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes a reçu des milliers de messages haineux. Insultes sexistes, menaces de mort, attaques contre son physique et photomontages dégradants ont rythmé son quotidien.
Certaines publications détournaient son visage pour le placer sur des corps nus ou des images humiliantes. D’autres comportaient des menaces de violences physiques. L’ancienne ministre explique que ces attaques ont largement dépassé le cadre des critiques politiques pour devenir de véritables campagnes d’intimidation.
L’ampleur du phénomène lui est apparue plus clairement après son départ du gouvernement. En déménageant, Marlène Schiappa raconte avoir retrouvé entre 20 et 30 parapheurs contenant des centaines de plaintes déposées contre ses harceleurs. Malgré les moyens juridiques dont elle disposait en tant que responsable politique, les attaques ont continué pendant des années.
Sa famille également menacée : «J’interdisais à mes enfants d’aller sur les réseaux sociaux»
Le cyberharcèlement a également eu des conséquences sur la vie familiale de Marlène Schiappa. L’ancienne ministre explique que sa grand-mère l’appelait en pleurs après avoir découvert sur Internet des messages annonçant sa mort. Elle redoutait également que ses enfants soient confrontés à cette haine, notamment dans leur établissement scolaire.
«J’interdisais à mes enfants d’aller sur les réseaux sociaux», raconte-t-elle. Cette interdiction répondait à la crainte de voir ses filles découvrir les insultes ou être personnellement prises à partie en raison de ses fonctions politiques.
Les menaces ont parfois dépassé les écrans. Dans une interview consacrée aux violences faites aux femmes et à son engagement politique, Marlène Schiappa avait déjà raconté qu’une quarantaine d’individus s’étaient présentés à son domicile pendant la crise des Gilets jaunes. Selon son témoignage, ces personnes avaient tenté d’enfoncer sa porte en proférant des menaces de mort, réveillant ses enfants en pleine nuit.
Photomontages sexuels, insultes et humiliations : une violence permanente
Au-delà des menaces explicites, Marlène Schiappa décrit une accumulation quotidienne d’attaques destinées à la rabaisser. Des internautes ont fabriqué des images truquées à caractère sexuel, tandis que d’autres lui adressaient des messages l’encourageant à mourir ou à se suicider.
Cette répétition a fini par provoquer un profond sentiment de honte. L’ancienne ministre explique qu’elle ne voulait parfois plus ouvrir son téléphone, de peur de découvrir de nouvelles insultes. Elle redoutait aussi que ses proches tombent sur ces publications.
Dans le documentaire, elle revient sur ce sentiment paradoxal : alors qu’elle connaissait les mécanismes du cyberharcèlement et disposait de moyens pour se défendre, elle a elle-même subi les conséquences psychologiques de ces attaques. Son témoignage entend aussi attirer l’attention sur les victimes anonymes, souvent dépourvues de soutien juridique et médiatique.
Marlène Schiappa a également raconté avoir été victime d’une agression sexuelle alors qu’elle était ministre. Lors d’une émission présentée par Jordan De Luxe, elle avait expliqué qu’une personnalité médiatique avait tenté de l’embrasser de force dans son bureau. Un épisode qu’elle avait décidé de rendre public plusieurs années après les faits.
Marlène Schiappa dénonce le commerce de la haine sur Internet
L’ancienne ministre accuse également certaines plateformes numériques de tirer profit des affrontements et des contenus haineux. Dans son livre La Machosphère, publié le 21 janvier 2026 chez Fayard, elle décrit les communautés masculinistes, les réseaux misogynes et les mécanismes qui favorisent les campagnes de harcèlement.
Selon elle, les publications agressives génèrent de nombreuses réactions, lesquelles favorisent leur circulation et prolongent le temps passé sur les réseaux sociaux. Les insultes et les réponses des victimes alimentent ainsi une activité dont les plateformes peuvent tirer des revenus publicitaires.
Marlène Schiappa rappelle également avoir porté la loi du 3 août 2018 renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes. Le texte a notamment fait évoluer la répression du cyberharcèlement collectif, en permettant de poursuivre des personnes participant à une campagne de harcèlement même lorsque chacune n’a envoyé qu’un nombre limité de messages.
Dans son entretien consacré au féminisme et aux violences subies par les femmes en politique, elle dénonçait déjà les attaques visant les femmes exposées médiatiquement. Elle expliquait notamment que les responsables politiques féminines étaient régulièrement jugées sur leur apparence, leur tenue ou leur vie privée, là où leurs homologues masculins échappaient davantage à ce type de critiques.
Ève Gilles et d’autres femmes témoignent dans un documentaire diffusé ce jeudi
Réalisé par Marion Vaqué-Marti, La Meute en réseau donne également la parole à Ève Gilles, Miss France 2024, ainsi qu’aux créatrices de contenu Élise Bordet et Laura Loock. Le film aborde les campagnes d’attaques coordonnées, les violences misogynes et les stratégies employées pour intimider les femmes sur Internet.
Ève Gilles revient notamment sur le déferlement de commentaires visant son apparence physique après son élection. Comme d’autres lauréates du concours, elle a subi des attaques personnelles qui ont largement dépassé les simples commentaires sur sa prestation.
La question du cyberharcèlement des candidates à Miss France avait également conduit l’organisation à dénoncer publiquement les violences visant Angélique Angarni-Filopon après son sacre en 2024. La jeune femme avait reçu de nombreuses insultes racistes et des commentaires particulièrement violents sur son apparence physique et son âge.
La pression avait été telle que Miss France 2025 avait même envisagé de rendre sa couronne. Frédéric Gilbert, président de la Société Miss France, avait expliqué qu’elle souhaitait abandonner son titre en février 2025, épuisée par les attaques répétées. Des mesures de protection avaient alors été mises en place.
Le documentaire de 60 minutes sera diffusé ce jeudi 22 octobre à 21 heures sur Téva, avant un débat animé à 22 heures par Ashley Chevalier, en présence notamment de Marlène Schiappa. Une rediffusion du documentaire est également programmée à 23h10.
Pour Marlène Schiappa, cette prise de parole publique répond à une volonté de montrer ce que vivent les victimes derrière leurs écrans. Après des années de menaces et des centaines de démarches judiciaires, l’ancienne ministre souhaite désormais que les personnes harcelées puissent dénoncer ces violences sans avoir à en éprouver de honte.

Réagir à l’article
Soyez le premier à commenter cet article.