Yeytuo - l’injection semestrielle qui défie le VIH en Europe @osprey
Yeytuo - l’injection semestrielle qui défie le VIH en Europe @osprey

La Commission européenne a franchi un cap décisif le 26 août 2025 en autorisant la commercialisation du Yeytuo, un traitement préventif injectable contre le VIH développé par Gilead Sciences. Administré seulement deux fois par an, ce médicament, basé sur la molécule lenacapavir, promet une révolution dans la lutte contre l’épidémie : une efficacité proche de 100 % démontrée dans des essais cliniques spectaculaires. Mais derrière l’enthousiasme scientifique, le prix exorbitant, fixé à 28 000 dollars annuels aux États-Unis, jette une ombre : qui paiera pour cette « découverte de l’année 2024 » selon le magazine Science ? En France, où 5 500 nouvelles infections surviennent chaque année, ce Yeytuo pourrait inverser la tendance, à condition que l’Europe ne se laisse pas dicter ses tarifs par les géants pharmaceutiques.  

Des résultats qui font oublier les pilules quotidiennes

Les essais PURPOSE 1 et 2, publiés dans le New England Journal of Medicine, ont été stoppés prématurément tant les chiffres étaient éloquents. Chez plus de 5 300 femmes cisgenres en Afrique subsaharienne, zéro infection avec le lenacapavir, contre 16 dans le groupe sous Truvada oral quotidien. Chez les hommes cisgenres et personnes de genre divers, l’efficacité atteint 99,9 % : deux cas sur 2 180 participants, contre neuf sous traitement classique. « C’est l’option transformative que nous attendions pour réduire les infections », s’exclame un infectiologue parisien, soulignant que la PrEP orale, inventée par Gilead mais désormais générique, souffre d’oublis – et donc d’une protection intermittente. En Europe, 25 000 nouveaux cas annuels persistent, malgré 180 000 personnes vivant avec le VIH en France, dont 11 000 ignorantes de leur statut. Mondialement, 1,3 million de contaminations en 2024, avec 40,8 millions de séropositifs, dont 65 % en Afrique où la stigmatisation freine l’accès aux soins. Le Yeytuo, injectable sous-cutané, cible adultes et adolescents à haut risque pesant au moins 35 kg, offrant une barrière virale sans résistance croisée connue. L’OMS, en juillet 2025, l’a recommandé comme option supplémentaire, saluant une efficacité qui frôle le vaccin tant recherché. Mais cette percée n’efface pas les ombres : des effets secondaires mineurs comme des réactions au site d’injection ou des nausées, et un besoin de tests VIH réguliers avant chaque dose. Gilead, pionnier de la PrEP, voit dans ce Sunlenca revisité une manne : 4 milliards de dollars de ventes prévues d’ici 2029, compensant la perte de brevets sur ses anciens traitements.  

Un prix qui empire la stigmatisation africaine

Le feu vert européen, après l’avis favorable du CHMP en juillet, suit l’approbation FDA de juin. Mais le coût du Yeztugo américain – 28 000 dollars par an – fait scandale : des assureurs comme CVS refusent le remboursement, le rendant inaccessible aux plus vulnérables. En Afrique, où les femmes craignent la stigmatisation pour une pilule quotidienne, le Yeytuo semble idéal, pourtant son tarif exclut les 70 % de la charge mondiale du VIH. Gilead a signé en 2024 des licences volontaires avec six génériqueurs pour 120 pays à faible revenu, et un accord avec le Fonds mondial pour 2 millions de doses à prix coûtant sur trois ans. Unitaid injecte 22 millions de dollars pour accélérer l’accès en Afrique subsaharienne, priorisant 18 nations comme le Kenya ou l’Afrique du Sud. Des activistes, lors d’AIDS 2024, ont interpellé Gilead : « Rendez-le accessible maintenant, pas dans six ans ! » Le coût générique pourrait chuter à 40 dollars annuels, contre 40 000 actuels, mais les brevets jusqu’en 2038 bloquent l’Europe et les pays riches. En France, la négociation prix-remboursement par État membre s’annonce âpre, sous pression budgétaire et injonctions trumpiennes pour aligner les tarifs européens sur les bas prix américains. Ce Yeytuo, piquant par son potentiel et son cynisme commercial, pourrait éradiquer le VIH d’ici 2030, si l’Europe impose l’équité plutôt que de céder aux profits.

Partager