Grossesses et antiépileptiques : des substitutions encore trop risquées
Grossesses et antiépileptiques : des substitutions encore trop risquées

En France, les prescriptions d’acide valproïque – substance active de la Dépakine – ont nettement reculé entre 2013 et 2021, après des années d’alertes sur ses effets délétères pour le fœtus. Ce médicament, associé à de graves malformations et troubles neurodéveloppementaux, fait désormais l’objet d’un encadrement rigoureux. Pourtant, une étude publiée dans Neurology révèle une autre réalité : alors que les ordonnances de Dépakine baissent, celles de molécules au profil de sécurité flou explosent, y compris chez des patientes non épileptiques. L’analyse de plus de 8,6 millions de grossesses menée par le groupement Epi-phare (rattaché à l’ANSM et à l’Assurance maladie) montre que près de 56 000 grossesses ont été exposées à un antiépileptique durant cette période. Si le taux global d’exposition reste stable (0,64 %), la nature des traitements évolue. L’acide valproïque recule de 84 %, mais d’autres molécules, moins bien documentées, progressent à vive allure.

Un encadrement sans alternatives claires

Face aux dangers du valproate, les instances sanitaires ont multiplié les restrictions, mais sans livrer de stratégie de substitution. Seules deux molécules, la lamotrigine et le lévétiracétam, font aujourd’hui figure de références en matière de sécurité fœtale. Leur usage a d’ailleurs fortement augmenté. Mais la baisse de prescriptions d’autres produits toxiques, comme la carbamazépine ou le topiramate, reste marginale. Pendant ce temps, des antiépileptiques comme la prégabaline ou la gabapentine, souvent utilisés en dehors du cadre de l’épilepsie pour traiter les douleurs chroniques, gagnent du terrain malgré les incertitudes. L’exposition à la prégabaline a presque triplé en neuf ans. Des médicaments de nouvelle génération, tels que le lacosamide ou le zonisamide, suivent la même courbe sans que leurs effets sur le fœtus soient encore connus.

Des inégalités sociales marquées

L’étude pointe aussi des inégalités sociales fortes : les femmes issues de milieux défavorisés sont surreprésentées parmi celles exposées aux molécules les plus à risque. Cette situation pourrait s’expliquer par un accès plus limité aux soins en amont de la grossesse et une fréquence plus élevée de grossesses non planifiées. En attendant des données plus solides sur les molécules récentes, les autorités appellent à privilégier les traitements les mieux documentés. Mais l’absence de directives claires de substitution continue de faire peser un risque inutile sur des milliers de grossesses.

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