Deux médecins girondins viennent d’être lourdement sanctionnés par l’Ordre national des médecins, à la suite de circoncisions rituelles qui ont viré au drame. L’un d’eux est mis en cause dans le décès d’un nourrisson de deux mois, l’autre dans plusieurs cas de blessures infligées à des enfants, parfois graves.
Un nourrisson décédé après une anesthésie pratiquée à domicile
Le premier praticien, médecin généraliste, est accusé d’avoir administré une anesthésie lors d’une circoncision réalisée dans un domicile privé, à l’agglomération bordelaise, en mai 2022. L’enfant, âgé de deux mois, est mort quelques heures après l’intervention. La chambre disciplinaire nationale de l’Ordre, saisie parallèlement à la justice, a jugé que le médecin avait agi au-delà de ses compétences, soulignant que seule un anesthésiste-réanimateur était habilité à intervenir dans de telles conditions. Les lieux ne disposaient en outre d’aucun équipement adapté à une éventuelle réanimation. L’homme, désormais suspendu pour trois ans, conteste cette décision. Son avocat, Me Pierre-Henri Lebrun, soutient qu’il s’agissait d’une anesthésie locale, maîtrisée selon lui par son client. Il évoque une situation « inadmissible » pour ce médecin désormais « sous le soupçon d’avoir tué un enfant », et prévoit de saisir le Conseil d’État.
Douleurs atroces et complications graves pour plusieurs enfants
Le second médecin, également généraliste, a été sanctionné en février dernier. Il faisait l’objet de sept plaintes depuis 2021, déposées par des familles dénonçant des circoncisions réalisées sans consultation préalable ni suivi médical. Le praticien n’aurait prescrit aucun antalgique, et plusieurs enfants ont souffert de douleurs très intenses, voire d’hémorragies nécessitant un passage aux urgences du CHU de Bordeaux. Il écope lui aussi d’une interdiction d’exercer de trois ans, dont un avec sursis. Ces affaires, aujourd’hui entre les mains de la justice pénale à Bordeaux, illustrent les zones grises autour de certaines pratiques religieuses tolérées au nom de la liberté de culte. Si la circoncision rituelle n’est pas illégale, elle n’est pas exempte de règles médicales strictes lorsqu’elle est pratiquée par un professionnel de santé. Le conseil départemental de l’Ordre des médecins de la Gironde alerte : « Des praticiens jouent sur cette ambiguïté en se prévalant de leur statut pour exécuter des actes qui échappent au cadre médical. » Le débat, relancé par ces sanctions, met en lumière la nécessité d’un encadrement rigoureux, en particulier lorsqu’il s’agit d’enfants en très bas âge, vulnérables et dépendants du bon jugement des adultes