Renault paye pour Nissan : une perte comptable colossale pour un nouveau départ
Renault paye pour Nissan : une perte comptable colossale pour un nouveau départ

Le choc est d’abord comptable : Renault annonce une perte historique de 9,5 milliards d’euros pour le premier semestre 2025. Mais derrière ce chiffre, ce n’est pas une déroute industrielle. C’est le prix d’une vérité longtemps repoussée : celle de l’effondrement de la valeur de Nissan dans les comptes du constructeur français.

Un réalignement boursier inévitable

L’explication est technique. Jusqu’ici, Renault continuait de valoriser sa participation dans Nissan à hauteur d’un prix largement déconnecté de la réalité du marché. Ce 1er juillet, le constructeur français a choisi d’aligner enfin ses comptes sur le cours réel de l’action Nissan, passé de 1 500 yens à seulement 350 yens. Ce réajustement, qualifié d’« actif financier à la juste valeur », implique que Renault ne traitera plus la participation comme une entreprise associée, mais comme un simple investissement coté. Conséquence immédiate : une dépréciation monumentale, mais sans impact sur le cash ni sur le dividende, insiste la direction. Selon les analystes, la mesure est surtout symbolique : elle clarifie les comptes et réduit la volatilité des résultats futurs.

Fin d’un chapitre, début d’un autre

Cette décision marque une nouvelle étape dans le désengagement progressif de Renault vis-à-vis de Nissan, après la vente partielle de titres l’an dernier et la perspective annoncée de réduire sa participation à seulement 10 % du capital. Officiellement, des coopérations industrielles se poursuivent – la future Micra de Nissan sera basée sur la plateforme de la Renault 5 – mais l’alliance fondée il y a plus de vingt ans s’effiloche lentement mais sûrement. Ce tournant arrive alors que le départ de Luca de Meo à la tête de Renault est imminent. La perte de 9,5 milliards, bien que spectaculaire, ne lui est pas imputable : elle sanctionne surtout une décennie de déni comptable et la lente agonie de l’entente franco-japonaise.

Un avenir à reconstruire

Renault, libéré du poids comptable de Nissan, peut désormais regarder vers l’avenir. Ce recentrage pourrait l’inciter à rechercher de nouveaux partenariats, plus cohérents avec ses priorités stratégiques. Alors que le marché automobile se transforme à grande vitesse – électrification, software, connectivité – le moment semble venu de tourner la page Yokohama. Le prochain patron de Renault héritera d’une base plus saine, débarrassée du boulet financier. Reste à savoir s’il aura la liberté et l’audace de forger une nouvelle alliance… ou de tracer sa propre voie.

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