L’Arabie saoudite, la Russie et six autres partenaires ont décidé de relancer leur machine pétrolière. Dès octobre, ces membres de l’OPEP+ (l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et leurs alliés) injecteront 137 000 barils supplémentaires par jour sur le marché. Si la cadence se maintient un an, ce seront 1,65 million de barils quotidiens qui viendront gonfler l’offre mondiale. Un retournement stratégique après deux années de coupes brutales, et un signal clair: les producteurs veulent reconquérir du terrain, même si cela implique de faire chuter les prix.
Un pari risqué sur des prix bas
En mai déjà, l’alliance avait surpris les observateurs en sortant de terre plus de 400 000 barils par jour, soit trois fois plus qu’annoncé. En tout, plus de 2,2 millions de barils quotidiens ont déjà été réintroduits. L’objectif ne fait guère de doute: éviter de laisser aux concurrents le champ libre. Car selon l’Agence internationale de l’énergie, ce sont les producteurs hors OPEP+, en premier lieu les États-Unis mais aussi le Canada, le Brésil et le Guyana, qui assurent la majeure partie de la croissance de l’offre mondiale. Résultat, le prix du baril de brent, qui flirtait avec les 80 dollars en 2023, navigue désormais autour de 65. Pour les monarchies du Golfe, ce niveau reste supportable grâce à des coûts d’extraction parmi les plus bas au monde. Pour les producteurs américains de pétrole de schiste, en revanche, chaque dollar de moins complique la rentabilité. Le calcul est assumé: fragiliser les acteurs les plus vulnérables pour reprendre des parts de marché. Comme le résume Marc-Antoine Eyl-Mazzega, directeur du Centre énergie et climat de l’Institut français des relations internationales, les pays du Moyen-Orient « voient plus d’avantages que d’inconvénients » à maintenir le brut à ce prix plancher pendant quelque temps.
Une bataille mondiale sur fond de ralentissement
Ce choix offensif se joue dans un contexte de ralentissement économique. Entre l’excédent d’offre prévu par l’Agence internationale de l’énergie (105,5 millions de barils produits par jour contre 103,7 millions consommés) et les tensions commerciales provoquées par les droits de douane américains décidés par Donald Trump, les signaux pour la demande ne sont pas encourageants. L’OPEP, de son côté, continue de promettre un léger dépassement de la consommation sur l’offre, mais l’écart est mince. Le contraste est frappant avec l’année 2022, quand la guerre en Ukraine avait propulsé les cours au-dessus de 120 dollars le baril, alimentant les craintes d’une crise d’approvisionnement. Trois ans plus tard, les prix ont nettement reflué, mais le pétrole continue de s’écouler en abondance, indifférent aux appels à réduire son usage face au dérèglement climatique. Pour l’OPEP+, la priorité reste la même: verrouiller sa domination sur le marché mondial, quitte à bousculer l’équilibre fragile entre offre, demande et transition énergétique.