Les sanctions imposées par les États-Unis à l’encontre de la Russie risquent de provoquer un bouleversement majeur dans les systèmes agricoles de plusieurs pays d’Amérique latine, fortement dépendants des engrais russes. Selon un rapport publié lundi, les producteurs brésiliens et mexicains, notamment dans les secteurs du soja, du maïs et de l’avocat, craignent des hausses de coûts vertigineuses et une perturbation de leurs chaînes d’approvisionnement à mesure que les restrictions s’intensifient.
Le Brésil, géant agricole mondial, est particulièrement exposé. Au premier semestre 2025, les importations brésiliennes d’engrais russes ont augmenté de 30 %, preuve de l’importance stratégique de cette relation commerciale. Le groupe agricole brésilien Abramilho a d’ores et déjà tiré la sonnette d’alarme : sans accès aux engrais russes, la production de maïs pourrait chuter drastiquement, avec des effets en cascade sur l’économie rurale du pays.
Le Mexique, de son côté, a importé plus de 580 millions de dollars d’engrais russes en 2024. Dans le Michoacán, principal bastion de la culture de l’avocat, les producteurs préviennent que le prix du fruit pourrait grimper en flèche si l’approvisionnement en engrais venait à se tarir. Les exportations vers les États-Unis et l’Europe, essentielles pour cette filière, pourraient alors être impactées par une flambée des prix et une baisse des volumes.
Ces engrais – notamment le chlorure de potassium et l’urée – sont cruciaux pour la fertilité des sols tropicaux et subtropicaux. Or, peu de pays disposent actuellement d’une capacité de production suffisante pour remplacer la Russie à court terme. Les alternatives envisagées, comme l’importation depuis le Canada ou le Moyen-Orient, s’accompagnent de coûts logistiques plus élevés et de délais incertains.
Les sanctions américaines visent des entreprises et des cargaisons russes spécifiques, mais les effets indirects de cette politique commencent à se faire sentir bien au-delà du front géopolitique. Des acteurs du secteur agricole latino-américain alertent désormais sur un risque de pénurie qui pourrait faire basculer certaines régions dans une crise alimentaire ou économique.
Cette situation met les gouvernements latino-américains face à un dilemme : respecter les lignes diplomatiques tracées par leurs partenaires occidentaux ou assurer la sécurité alimentaire nationale. Certains pays, comme le Brésil, pourraient chercher à négocier des exceptions ou à accélérer des accords bilatéraux alternatifs afin de sécuriser leurs stocks d’intrants agricoles.
À mesure que les tensions internationales redéfinissent les circuits du commerce mondial, l’agriculture latino-américaine s’avère être un dommage collatéral de plus en plus préoccupant, pris en étau entre sanctions, dépendance structurelle et impératif de rendement.