TOKYO — L’économie japonaise s’est contractée plus fortement qu’anticipé au premier trimestre 2025, marquant sa première récession en un an, selon les données publiées vendredi. Cette dégradation intervient alors que la politique commerciale agressive du président américain Donald Trump fait planer de lourdes incertitudes sur l’un des piliers de l’économie nippone : les exportations.
Le produit intérieur brut réel a chuté de 0,7 % en rythme annualisé entre janvier et mars, bien au-delà du repli de 0,2 % prévu par les économistes. Ce recul est principalement dû à une stagnation de la consommation des ménages et à un affaiblissement des exportations, bien avant même l’entrée en vigueur des nouveaux droits de douane américains annoncés début avril.
La consommation privée, qui représente plus de la moitié de l’économie japonaise, est restée atone, tandis que la demande extérieure a amputé le PIB de 0,8 point. Les exportations ont baissé de 0,6 %, tandis que les importations ont progressé de 2,9 %, accentuant le déséquilibre commercial.
La contraction intervient dans un contexte tendu : Donald Trump a récemment imposé des droits de douane de 10 % sur les importations provenant de la plupart des pays — sauf le Canada, le Mexique et la Chine — et a ciblé le Japon avec un taux de 24 % à compter de juillet, sauf accord bilatéral d’ici là. Les secteurs automobile et sidérurgique sont particulièrement visés, mettant à rude épreuve l’économie exportatrice du pays.
Malgré des dépenses d’investissement en hausse de 1,4 % qui ont contribué positivement à la croissance intérieure, les analystes restent prudents. « Le Japon manque actuellement de moteurs de croissance clairs. Il est vulnérable à tout choc externe, et les droits de douane imposés par Trump en sont un exemple manifeste », a averti Yoshiki Shinke, économiste chez Dai-ichi Life Research Institute.
Le gouvernement, par la voix du ministre de la Revitalisation économique Ryosei Akazawa, a reconnu que la hausse continue des prix et les tensions commerciales représentent des risques majeurs pour la reprise. Néanmoins, il n’a pas évoqué de plan de relance immédiat.
La Banque du Japon, qui a commencé à remonter prudemment ses taux d’intérêt en janvier après une décennie de politique ultra-accommodante, pourrait devoir revoir ses ambitions. Le ralentissement de la croissance mondiale et les incertitudes tarifaires pourraient remettre en question de nouvelles hausses de taux attendues à l’automne.
Le Japon se retrouve ainsi à un moment charnière, pris entre une consommation interne fragile, des tensions commerciales grandissantes avec son principal allié et une politique monétaire qui pourrait devoir s’ajuster face à une économie mondiale de plus en plus instable.