L’économie chinoise continue de donner des signes contradictoires. En mai, la production industrielle du pays a enregistré sa plus faible croissance depuis six mois, à 5,8 % sur un an, selon les données publiées lundi par le Bureau national des statistiques. Cette performance, inférieure aux attentes des analystes, reflète un ralentissement de l’activité manufacturière, dans un contexte de tensions commerciales persistantes avec les États-Unis et de fragilité prolongée du secteur immobilier.
À l’inverse, la consommation a connu un rebond inattendu. Les ventes au détail ont progressé de 6,4 % en mai, leur plus forte hausse depuis décembre 2023, portées par les dépenses liées aux congés de la fête du Travail et par le lancement anticipé du festival commercial en ligne « 618 », soutenu par des subventions gouvernementales à la consommation. Cette embellie contraste fortement avec les difficultés persistantes de l’industrie et de l’investissement.
La situation reste toutefois préoccupante à moyen terme. Les expéditions chinoises vers les États-Unis ont chuté de 34,5 % en mai, leur plus fort recul depuis février 2020. En dépit d’un accord temporaire entre Washington et Pékin, les États-Unis maintiennent un niveau global de droits de douane de 55 % sur les produits chinois, une mesure jugée pénalisante par les économistes. La relance budgétaire en Chine, quant à elle, semble montrer ses limites : les investissements en actifs fixes ont progressé de seulement 3,7 % entre janvier et mai, en dessous des prévisions.
Le gouvernement chinois a récemment tenté de relancer l’économie par une série de mesures, incluant des baisses de taux d’intérêt et une injection de liquidités. Mais les analystes demeurent sceptiques quant à la capacité du pays à atteindre son objectif de croissance annuel d’environ 5 %. Les difficultés structurelles, notamment dans l’immobilier, où les prix des logements neufs stagnent depuis deux ans, continuent de freiner l’élan économique.
Par ailleurs, le marché du travail reste relativement stable. Le taux de chômage urbain a légèrement reculé à 5,0 % en mai. Mais la prudence reste de mise, notamment face au risque d’un « triple choc » pesant sur la consommation privée : fin des subventions, fin des festivals commerciaux, et restrictions accrues sur les dépenses des fonctionnaires.
Dans ce contexte d’incertitude, les marchés financiers chinois sont restés timides. Les investisseurs n’ont pas été rassurés par les données de mai, et les principaux indices boursiers ont effacé leurs gains de la matinée. Pour les analystes, seule une réponse politique plus vigoureuse et plus ciblée pourrait inverser durablement la tendance.