Mort d’Antonio Lobo Antunes, grande voix du roman portugais
Mort d’Antonio Lobo Antunes, grande voix du roman portugais

L’écrivain portugais Antonio Lobo Antunes est mort ce jeudi 5 mars 2026 à Lisbonne, à l’âge de 83 ans, a annoncé son éditeur portugais, le groupe Leya, selon l’AFP. Romancier prolifique, longtemps pressenti pour le Nobel, il laisse une œuvre réputée exigeante, composée d’une trentaine de romans, mais aussi de chroniques et de poésie.

Une œuvre radicale, entre dérision et “délire contrôlé”

Réputé pour bousculer les codes du récit, Lobo Antunes cherchait à “rompre avec la ligne droite du récit classique” et comparait sa méthode à un “délire contrôlé”, selon l’AFP. Le Monde rappelle qu’il assumait une littérature peu conciliatrice, écrivant en 2012 qu’il ne faisait pas des livres pour “divertir”, mais pour des “adultes” capables de regarder le réel “les grands yeux ouverts”.

Cette prose baroque et métaphorique a souvent disséqué un Portugal traversé par les blessures politiques, les désillusions et les drames intimes — solitude, mort, manque d’amour — sur fond d’ironie mordante. Plusieurs critiques l’ont rapproché d’Eça de Queiros pour sa manière de dresser un portrait corrosif de son pays.

Du front angolais à la consécration littéraire

Né le 1er septembre 1942 dans une famille aisée de Lisbonne, Lobo Antunes a été envoyé en Angola comme médecin militaire de 1971 à 1973, une expérience fondatrice qui irrigue durablement ses livres. Son deuxième roman, Le Cul de Judas (1979), monologue d’un homme revenu de la guerre, l’impose rapidement, avant qu’il ne se consacre entièrement à l’écriture à partir du milieu des années 1980.

Son parcours est jalonné de reconnaissances, dont le prix Camões, la plus haute distinction littéraire de langue portugaise, obtenu en 2007. Et malgré une relation ambivalente à la célébrité, il confiait en 2018 que l’entrée annoncée de son œuvre dans la Pléiade représentait, à ses yeux, une consécration “bien plus grande que le Nobel”.

Hommages officiels et deuil national au Portugal

La disparition de l’écrivain a suscité une vague de réactions institutionnelles. La ministre portugaise de la Culture, Margarida Balseiro Lopes, a salué sur X un auteur “majeur” et un interprète “sensible” de la condition humaine. Le président Marcelo Rebelo de Sousa a, lui, rendu hommage à une œuvre mêlant “tendresse incisive” et regard sur les tragédies politiques, toujours d’après l’AFP.

Le gouvernement portugais a par ailleurs décrété une journée de deuil national samedi, signe de l’empreinte laissée par celui qui, jusqu’au bout, aura préféré l’exigence de l’écriture aux facilités du roman “qui plaît”.

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