Avec ce roman graphique, Fabienne Blanchut, Catherine Locandro et Dawid racontent une autre Libération, celle plus douloureuse et souvent oubliée des rescapés des camps nazis.
Un Paris en fête, une mémoire en souffrance
Printemps 1945. Alors que la guerre vient de s’achever et que les Parisiens redécouvrent les plaisirs d’une ville libre, un autre drame se joue dans les couloirs de l’hôtel Lutetia, réquisitionné pour accueillir les survivants des camps de concentration. C’est dans ce contexte que Les Cheveux d’Édith, bande dessinée signée par Fabienne Blanchut et Catherine Locandro, illustrée par Dawid, trouve sa force : en confrontant la liesse collective au silence intérieur des revenants.
Le récit suit Louis, un lycéen de 17 ans, curieux et touché par le sort de ces femmes et hommes qui reviennent de l’indicible. En cachette de ses parents, il devient bénévole au Lutetia et découvre, jour après jour, ce que les rescapés ont enduré. Parmi eux, Édith, une jeune femme rescapée de Birkenau, enferme son traumatisme dans un mutisme pesant. Louis, d’abord déstabilisé, entreprend de l’apprivoiser. Peu à peu, par sa simple présence, il devient une oreille, un regard, un ancrage. Le récit n’offre ni miracle ni résolution hâtive. Il propose, au contraire, une réflexion sur la difficulté de dire, d’écouter, et de vivre après avoir survécu.
Une œuvre sur la mémoire, entre silence et empathie
Inspiré de faits réels, Les Cheveux d’Édith s’inscrit dans la volonté de transmettre ce que fut la réalité du retour des déportés, souvent occultée dans le récit national. Selon France Télévisions (27 octobre 2025), le contraste entre l’effervescence des terrasses parisiennes et l’effroi dans les regards des revenants est brillamment mis en scène dans cette bande dessinée. Le personnage de Louis, confronté aux silences d’Édith et aux non-dits familiaux, devient malgré lui un témoin, une figure de transmission.
La BD, saluée par RTL comme l’album du mois à la rentrée 2025, ne cherche pas à imposer une interprétation historique. Elle suggère, elle murmure. Elle invite à regarder autrement ces pages de l’Histoire, à travers les regards, les gestes et les absences. Le trait de Dawid, tout en finesse, mêle les couleurs chaudes d’un Paris renaissant aux tons sourds d’un traumatisme toujours présent. Les cases laissent respirer les silences, parfois plus éloquents que les mots.