Avec Le Buveur de brume, son tout premier livre publié dans la collection « Ma nuit au musée » chez Stock, Guillaume Gallienne livre une autofiction à la fois drôle, touchante et d’une grande finesse. Entre souvenirs familiaux, introspection intime et hommage vibrant aux femmes de sa vie, le sociétaire de la Comédie-Française signe un récit initiatique singulier et profondément personnel.
Une nuit à Tbilissi… ou presque
Initialement invité à passer une nuit au Musée national de Tbilissi, en Géorgie, où est censé être exposé le portrait de son arrière-grand-mère, la princesse Mélita Cholokachvili, Gallienne se retrouve propulsé à la Galerie nationale, lieu sans âme où le tableau a été déplacé. De cette déconvenue naît un coup de colère aussi théâtral qu’hilarant – « Vous n’aurez pas mes rêves ! » s’écrie-t-il – qui devient le point de départ d’un récit de filiation. Ce décalage entre attente muséale et réalité administrative amorce un voyage intérieur où se mêlent mémoire familiale, blessures d’enfance et besoin de réconciliation.
Loin de se contenter d’un simple exercice littéraire, Le Buveur de brume se révèle être un exutoire sincère. Gallienne remonte le fil d’un héritage géorgien chargé, hanté par l’ombre d’un père autoritaire et l’admiration silencieuse vouée à ses aïeules. « Je n’étais plus cet enfant tyrannisé, humilié, en manque d’amour », écrit-il au sujet de cette colère qu’il a enfin su affronter.
Toutes les femmes qu’il aime
Au-delà de ce face-à-face avec la figure paternelle, c’est surtout un hommage aux femmes de sa lignée que Gallienne compose. Mélita, la muse exilée, Caï (Lydia Zelensky), la grand-mère maternelle espiègle et lettrée, mais aussi sa mère, son épouse Amandine et les disparues – sa sœur, sa cousine Alicia –, toutes dessinent les contours d’un panthéon affectif qui l’a construit. À leur contact, l’enfant fragile est devenu l’acteur accompli, le passeur de culture qu’il est aujourd’hui.
Avec humour et pudeur, il évoque aussi sa voix, longtemps source de gêne, qu’il a appris à apprivoiser à la radio, et son amour du théâtre, vécu comme une « survie ». Mais c’est par l’écriture qu’il parvient ici à embrasser toutes ces parts de lui-même, dans un style limpide, parfois lyrique, toujours sincère. Un ton qui touche juste.
En s’appuyant sur le cadre de la collection « Ma nuit au musée » pour mieux s’en affranchir, Guillaume Gallienne offre avec Le Buveur de brume un livre sensible, lumineux, à l’élégance surannée et moderne tout à la fois. Un récit de transmission bouleversant, qu’il dédie à son fils.