Laurent Mauvignier récompensé pour « La Maison vide », une saga familiale bouleversante (WK)
Laurent Mauvignier récompensé pour « La Maison vide », une saga familiale bouleversante (WK)

Le romancier Laurent Mauvignier a remporté mardi 21 octobre 2025 le prix Landerneau des lecteurs pour La Maison vide, publié aux Éditions de Minuit. Fresque familiale ambitieuse de 750 pages, l’ouvrage s’est imposé comme l’un des événements majeurs de cette rentrée littéraire, déjà vendu à plus de 65 000 exemplaires. Ce prix vient s’ajouter à celui du journal Le Monde, et l’œuvre reste en lice pour le Goncourt, le Femina et le Médicis.

Une histoire de famille, de silence et de transmission

Dans La Maison vide, Laurent Mauvignier explore un siècle et demi de secrets familiaux à travers plusieurs générations. Loin de l’exercice généalogique figé, il dresse une galerie de portraits intimes, où les destins brisés se transmettent dans le silence des non-dits et des conventions. L’origine du roman remonte à des récits entendus dans son enfance, mêlant souvenirs flous et figures marquantes — notamment celle de sa grand-mère Marguerite, morte seule et alcoolique à 41 ans, après avoir été rejetée pour collaboration avec l’ennemi durant la guerre.

« C’est l’histoire d’une enfant qui n’a pas été aimée », résume l’auteur dans une interview accordée à France Inter. En retraçant cette lignée marquée par les violences sociales, le poids des traditions, les injonctions de genre et les traumatismes historiques, Mauvignier offre une plongée dans les racines de la douleur familiale.

Une œuvre littéraire habitée

Roman d’atmosphère autant que d’intrigue, La Maison vide frappe par sa langue dense, musicale, portée par des phrases longues et enveloppantes. « Je veux que le lecteur ressorte du livre en ayant la sensation d’avoir retrouvé des gens, des intimes », confie Mauvignier. Ses personnages, qu’il creuse lentement jusqu’à leur donner chair, deviennent des « personnes » à part entière, que l’on croit connaître. La maison, elle, devient personnage à son tour, à la fois lieu de mémoire, de douleur et de réconciliation.

L’ombre d’un suicide paternel plane également sur le récit. L’auteur avait 16 ans lorsque son père s’est donné la mort. Ce traumatisme, longtemps tu, irrigue en profondeur la narration. L’Église ayant refusé d’enterrer religieusement les suicidés jusqu’en 1983, la blessure familiale s’est doublée d’un silence institutionnalisé. La Maison vide tente de briser ce silence, de nommer les morts et de restituer une vérité longtemps occultée.

Une reconnaissance critique et publique

Déjà salué par la critique, La Maison vide a reçu le soutien enthousiaste de la présidente du jury du prix Landerneau, Mazarine Pingeot, qui parle d’un « chef-d’œuvre de littérature » et d’un « classique contemporain ». L’ouvrage est également l’un des favoris pour le prix Goncourt, dont le lauréat sera annoncé le 4 novembre.

Créé en 2008 et présidé par Michel-Édouard Leclerc, le prix Landerneau des lecteurs est doté de 10 000 euros et offre une campagne de promotion nationale. Il consacre cette année une œuvre qui, au-delà de son ambition littéraire, interroge la mémoire familiale, les silences générationnels et la place des femmes dans l’histoire privée.

Que retenir rapidement ?

Le romancier Laurent Mauvignier a remporté mardi 21 octobre 2025 le prix Landerneau des lecteurs pour La Maison vide, publié aux Éditions de Minuit. Fresqu

Partager