La romancière et poétesse française a été distinguée mardi à Paris pour son deuxième roman, Les Forces, une œuvre littéraire singulière déjà saluée par la critique et récompensée par le prix des Inrockuptibles.
Une écriture radicale et lucide sur les illusions sociales
Le jury du prix Décembre a tranché : Laura Vazquez s’impose cette année avec Les Forces, publié fin août aux Éditions du Sous-Sol. Face à Remember Fessenheim de David Dufresne (Grasset) et Laure de Kevin Orr (Seuil), le roman de la Marseillaise d’adoption a convaincu les dix jurés, parmi lesquels figuraient Amélie Nothomb, Maylis de Kerangal et Chloé Delaume. Doté de 15 000 euros par la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent, ce prix distingue un texte fort, délibérément à contre-courant des canons romanesques traditionnels.
Déjà salué dans Livres Hebdo par Marie Fouquet pour sa manière d’« isoler le réel pour mieux en faire ressortir l’absurdité », Les Forces raconte l’errance d’une narratrice confrontée à l’omniprésence du mensonge dans les structures sociales. Loin d’un récit linéaire, Laura Vazquez déconstruit les codes du roman d’apprentissage pour proposer un regard décalé et existentiel, nourri de poésie et d’un sens aigu de la dissonance. Selon ses mots, partagés sur France Culture, elle écrit « non pour donner du plaisir, mais pour préserver la puissance primitive du langage ».
Une œuvre poétique reconnue et un nouveau cap littéraire
Née à Perpignan en 1986 et installée à Marseille, Laura Vazquez s’est d’abord illustrée par sa poésie. Elle a reçu en 2014 le prix de la Vocation pour La Main de la main (Cheyne) et a été distinguée en 2023 par le Goncourt de la poésie. Son premier roman, La Semaine perpétuelle, avait déjà attiré l’attention du prix Wepler. En 2024, elle a signé la pièce Zéro, écrite pendant une résidence à la Villa Médicis, confirmant sa volonté d’explorer tous les champs de l’écriture.
Avec Les Forces, écoulé à plus de 12 000 exemplaires selon NielsenIQ Bookdata, l’autrice offre à sa maison d’édition son tout premier prix Décembre. Elle succède à Abdellah Taïa, lauréat 2024 pour Le bastion des larmes, qui avait vu ses ventes quadrupler après l’annonce du prix. Véritable « Rimbaud contemporaine », selon certains critiques, Laura Vazquez impose un style inclassable, à la fois cérébral, intime et viscéral.