Kamel Daoud renonce à Milan par peur d’une extradition vers l’Algérie
Kamel Daoud renonce à Milan par peur d’une extradition vers l’Algérie

Le lauréat du prix Goncourt 2024 a annulé sa venue au festival La Milanesiana, craignant une arrestation en Italie liée à des poursuites algériennes.

Un déplacement annulé sur fond de menaces judiciaires

L’écrivain franco-algérien Kamel Daoud ne participera pas à l’édition 2025 du festival littéraire La Milanesiana, à Milan, où il était attendu le 16 juin. Selon Le Monde et Le Corriere della Sera, cette décision a été motivée par la crainte d’une arrestation suivie d’une extradition vers l’Algérie, où il fait l’objet de deux mandats d’arrêt internationaux. L’auteur de Houris, ouvrage récompensé par le Goncourt en 2024, est dans le collimateur des autorités algériennes, notamment pour l’utilisation controversée du témoignage d’une survivante de la guerre civile.

Si les poursuites engagées restent floues dans leur contenu exact, elles ont été appuyées par l’Organisation nationale des victimes du terrorisme en Algérie. Une situation qui, pour l’écrivain, dépasse désormais les frontières de son pays d’origine. Il aurait été alerté de l’existence possible d’une procédure judiciaire prête à être exécutée sur le sol italien, en vertu des accords bilatéraux de coopération entre l’Italie et l’Algérie. Des sources évoquent même la présence de son nom dans les bases de données policières italiennes – une information non confirmée, mais suffisante pour faire peser le doute.

Entre inquiétudes politiques et silence diplomatique

Du côté italien, le ministère de la justice a tenté de minimiser la situation, évoquant des craintes « purement hypothétiques » et assurant qu’aucune arrestation n’aurait pu être déclenchée sans que l’écrivain ne soit d’abord présent sur le territoire. Mais ce manque de clarté ne rassure ni les soutiens de l’auteur ni certains responsables politiques. Lia Quartapelle, députée du Parti démocrate, a exprimé publiquement son scepticisme : « S’il n’y avait vraiment rien, le gouvernement l’aurait dit clairement. »

L’éditrice italienne de Kamel Daoud, Elisabetta Sgarbi, directrice de La Nave di Teseo et organisatrice du festival, a également réagi sur les réseaux sociaux. Dans un message posté sur X (ex-Twitter), elle appelle à la défense de la liberté d’expression : « J’espère que le gouvernement saura garantir ce droit fondamental à Kamel Daoud et qu’aucune interférence politique ne viendra troubler la littérature. »

L’affaire rappelle celle de Boualem Sansal, un autre écrivain algérien condamné en mars à cinq ans de prison, et souligne à quel point la parole critique peut exposer les auteurs à des pressions judiciaires ou diplomatiques même au sein de l’Union européenne.

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