Derrière la figure du provocateur télévisuel se cachait une passion plus intime et plus ancienne : l’écriture. Avant d’imposer son style dans le paysage audiovisuel français, Thierry Ardisson rêvait d’être écrivain. Une vocation qu’il a longtemps mise de côté, avant d’y revenir dans les dernières années de sa vie, avec une sincérité assumée et une plume toujours acérée.
Des débuts littéraires précoces, vite sacrifiés
Adolescent, Thierry Ardisson se voyait romancier. Il écrit dès 13 ans, et publie son premier livre, Cinemoi, à l’âge de 23 ans, suivi de La Bible (1975), deux romans parus aux éditions du Seuil. Mais le jeune auteur renonce rapidement à vivre de sa plume. “Je n’ai pas eu le courage de devenir écrivain de peur de crever de faim. J’ai préféré faire de la pub puis de la télé pour gagner beaucoup d’argent”, confiait-il au Parisien en mai 2025, à l’occasion de la sortie de son ouvrage L’Homme en noir.
Malgré cette mise entre parenthèses, l’écriture n’a jamais quitté Ardisson. En 1986, il publie Louis XX – Contre-enquête sur la monarchie chez Orban, un essai iconoclaste vendu à 100 000 exemplaires. L’année suivante, il défend ce livre dans Apostrophes sur Antenne 2, face à l’historien Max Gallo, dans un débat qui reste célèbre pour ses positions tranchées. En 1994, il crée la polémique avec Pondichéry (Albin Michel), roman accusé de plagiat massif. Qu’il s’agisse d’essais ou de récits de fiction, Ardisson a toujours cultivé une écriture directe, parfois provocante, fidèle à son image publique.
Un retour à la plume dans les dernières années
C’est après son départ de la télévision en 2019, et l’échec de son émission Hôtel du temps en 2023, que Thierry Ardisson décide de se consacrer pleinement à l’écriture, sa passion première. En 2006 déjà, il avait connu un grand succès avec Confessions d’un Babyboomer, autobiographie coécrite avec Philippe Kieffer (Flammarion), vendue à 100 000 exemplaires. Il poursuit ensuite avec Les Fantômes des Tuileries (2016), un roman historique mêlant fiction et figures célèbres.
En octobre 2024, il publie L’Âge d’or de la pub (Éditions du Rocher), où il revient sur ses années dans la communication, rappelant qu’avant d’être animateur, il fut l’auteur de slogans devenus cultes comme “Quand c’est trop, c’est Tropico” ou “Lapeyre, y’en a pas deux”. Enfin, en mai 2025, quelques semaines avant sa mort, il publie L’Homme en noir, un ouvrage très personnel, où il imagine un jugement dernier sous acide, entre autobiographie, introspection et mise en scène spectaculaire. Ce livre posthume boucle la boucle d’un parcours où la littérature fut toujours présente, même dans l’ombre des projecteurs.