BOSTON — Pendant des décennies, l’Université Harvard croyait détenir une simple copie bon marché de la Magna Carta, un document jauni et taché acquis pour moins de 30 dollars. Or, deux chercheurs viennent de révéler qu’il s’agirait en réalité d’un exemplaire extrêmement rare datant de 1300, émis sous le règne du roi Édouard Ier d’Angleterre.
La Magna Carta, initialement promulguée en 1215, établissait pour la première fois le principe selon lequel le roi est soumis à la loi. Elle a depuis servi de fondement à de nombreuses constitutions à travers le monde. Jusqu’à présent, seuls six exemplaires du texte de 1300 étaient connus. Ce document conservé à la bibliothèque de la faculté de droit de Harvard s’ajouterait donc à cette courte liste.
La découverte revient à David Carpenter, professeur d’histoire médiévale au King’s College de Londres. En consultant en ligne les archives numériques de Harvard en décembre 2023, il est tombé sur le précieux document. « J’ai été stupéfait et émerveillé d’avoir peut-être mis la main sur une Magna Carta jusqu’alors inconnue », a-t-il déclaré.
Pour confirmer l’authenticité du texte, Carpenter a travaillé avec Nicholas Vincent, professeur d’histoire médiévale à l’Université d’East Anglia. Grâce à des techniques d’imagerie par ultraviolet et spectrale, les chercheurs ont pu comparer le texte, la calligraphie et les dimensions du document avec celles des autres exemplaires connus. Tous les éléments concordaient. Selon Carpenter, Harvard a relevé brillamment tous les critères requis pour authentifier le parchemin, qu’il estime valoir plusieurs millions de dollars.
Le parcours du document s’est également éclairci grâce aux recherches de Vincent. L’exemplaire de Harvard aurait été lié à la ville d’Appleby, en Angleterre. Il a été envoyé à une maison d’enchères en 1945 par Forster Maynard, un ancien pilote de la Première Guerre mondiale. Ce dernier aurait hérité des archives de Thomas et John Clarkson, militants antiesclavagistes, qui l’auraient reçu de William Lowther, seigneur d’Appleby.
Bien que le lien formel ne soit pas encore prouvé, Vincent juge « très probable » qu’il s’agisse de la Magna Carta d’Appleby. Les deux chercheurs prévoient de se rendre à Harvard en juin pour examiner le document de visu.
Cette redécouverte intervient alors que Harvard se trouve au cœur de tensions avec l’administration Trump sur son autonomie institutionnelle. Pour Carpenter et Vincent, le moment est symbolique : la Magna Carta, qui célèbre l’idée de limites au pouvoir, retrouve toute sa pertinence dans ce contexte.
« C’est une occasion unique d’enseigner à une nouvelle génération la signification de ce document fondamental pour les libertés individuelles et l’autogouvernance », a souligné Amanda Watson, doyenne adjointe à la bibliothèque de la Harvard Law School.