Avec sa satire fantasque du Vatican, « Le Petit Pape Pie 3,14 arrondit les angles », François Boucq remporte le troisième Prix Gotlib de la BD d’humour. Une consécration de plus pour ce maître du dessin, qui n’a jamais cessé de jongler entre dérision et profondeur.
Un pape loufoque pour un monde qui ne tourne plus rond
C’est avec une œuvre absurde et délicieusement irrévérencieuse que François Boucq décroche le Prix Gotlib 2025. Dans ce deuxième tome des aventures du Petit Pape Pie 3,14, publié chez Fluide Glacial, le dessinateur imagine un souverain pontife haut comme trois pommes, qui part en croisade contre les absurdités du monde moderne. Au programme : réflexions absurdes, clins d’œil à l’actualité et burlesque assumé, le tout servi par un trait expressif et une verve satirique héritée du journal Pilote.
Récompensé au Festival du livre de Paris par un trophée et une dotation de 5.000 euros, Boucq succède à Mo/CDM et Manu Larcenet, précédents lauréats de ce prix lancé en 2023 en hommage au grand Marcel Gotlib. Un hommage d’autant plus symbolique que Boucq avait lui-même collaboré avec l’auteur de Rubrique-à-brac sur Superdupont en 2015.
Une œuvre polymorphe, entre humour et engagement
Né à Lille en 1954, François Boucq s’est imposé comme l’un des grands noms de la bande dessinée française. S’il a débuté dans le dessin de presse – avec des publications dans Le Point, L’Écho des savanes ou Fluide Glacial – il a aussi exploré des univers très variés : le western avec Bouncer aux côtés de Jodorowsky, le polar ésotérique avec Le Janitor, ou encore le réalisme social avec Un Général, des généraux, paru récemment avec Nicolas Juncker.
Ami de longue date de Cabu, il a également mis son trait au service de la mémoire des attentats de Charlie Hebdo, dessinant les audiences du procès en 2020. Ce travail a donné lieu à un livre poignant coécrit avec Yannick Haenel.
Avec Le Petit Pape Pie, Boucq revient à une veine plus légère, mais toujours piquante, confirmant qu’il manie aussi bien le rire que la gravité. Et prouve qu’à 70 ans passés, il n’a rien perdu de sa malice graphique ni de son esprit frondeur.