L’auteur de L’Adversaire signe un nouveau roman profondément intime, retraçant l’histoire de sa famille marquée par l’exil, les secrets, et la figure centrale de sa mère, Hélène Carrère d’Encausse, disparue en 2023. Avec ce livre attendu de la rentrée, il mêle mémoire personnelle et histoire collective.
Une quête familiale entre admiration, zones d’ombre et besoin de vérité
Avec Kolkhoze, paru le 28 août chez P.O.L, Emmanuel Carrère s’attaque à ce qu’il considère comme son « roman familial ». Il y revisite, avec lucidité et émotion, l’histoire de ses ancêtres russes et géorgiens, tout en dressant un portrait sans complaisance de sa mère, l’historienne et académicienne Hélène Carrère d’Encausse. Le récit s’ouvre sur les obsèques nationales de cette dernière, en octobre 2023, dans la cour des Invalides, un moment fort de mémoire collective et privée.
Carrère y revient notamment sur la jeunesse de sa mère, marquée par la disparition tragique de son père, Georges Zourabichvili, exécuté à la Libération pour faits de collaboration — un épisode déjà évoqué dans Un roman russe, à l’origine d’une brouille profonde entre mère et fils. Dans Kolkhoze, cette page douloureuse est revisitée à la lumière de la compréhension tardive, de la piété et d’un certain apaisement. Il décrit l’ascension de sa mère, devenue l’une des grandes figures intellectuelles du XXe siècle, mais aussi ses paradoxes, ses silences, et ses convictions parfois controversées.
Comme l’a rapporté France Télévisions dans un entretien exclusif avec l’auteur (publié le 27 août 2025), Carrère ne cache pas son malaise face aux affinités de jeunesse de sa mère avec des intellectuels d’extrême droite comme Maurice Bardèche, ni ses désaccords sur sa lecture actuelle de la Russie de Vladimir Poutine.
Une écriture intime, entre souvenirs d’enfance et réflexions sur la transmission
Le titre du roman vient d’un mot de famille : faire kolkhoze, c’était, enfant, partager le même matelas avec sa mère et ses frères lorsqu’ils étaient seuls avec elle. C’est aussi l’idée fondatrice du livre : réunir les fragments dispersés d’une histoire familiale complexe. Carrère entremêle souvenirs tendres (les étés à Cazères, les silences aimants du père Louis Carrère, les complicités enfantines) et épisodes plus douloureux, comme le renoncement d’Hélène à un amour impossible, épisode méconnu que l’auteur révèle ici pour la première fois.
Dans un entretien accordé à Libération (publié le 25 août 2025), Emmanuel Carrère confie que ce livre est né d’un besoin de verticalité dans sa propre vie : « Ce qui m’intéresse aujourd’hui, ce sont mes parents, mes enfants, l’enfant que j’ai été. » C’est cette verticalité qui guide la structure du récit, entre passé et présent, France et Russie, généalogie familiale et réflexions personnelles.