C’était un 9 mai : Mort d’Agrippa d’Aubigné, poète et soldat du verbe
C’était un 9 mai : Mort d’Agrippa d’Aubigné, poète et soldat du verbe

Le 9 mai 1630, Théodore Agrippa d’Aubigné meurt en exil à Genève, loin de sa Saintonge natale qu’il n’a jamais cessé d’aimer et de défendre, plume et épée à la main. Protestant intransigeant, poète baroque de génie et compagnon d’armes d’Henri de Navarre, il incarne toute la fureur et la grandeur tragique des guerres de religion. Il avait rompu avec le roi lorsque ce dernier abjura la foi réformée pour devenir Henri IV, choisissant l’honneur de sa conscience à la faveur des couronnes.

Refusant toute compromission, il s’exile en Suisse à partir de 1620, après que son Histoire universelle fut condamnée à être brûlée par le Parlement de Paris. Il trouve à Genève une terre d’accueil, mais aussi le théâtre de ses dernières batailles littéraires. Là, il poursuit son œuvre de pamphlétaire et de poète, publiant Les Tragiques, monument de rage et de foi, véritable épopée en vers des souffrances huguenotes. À la fin de sa vie, il rédige ses Mémoires à ses enfants, témoignage sincère destiné à léguer à sa descendance « sa gloire et ses fautes ».

Mais cette descendance lui apporta surtout tristesse et amertume. Son fils Constant, catholique converti, libertin et ruiné, le trahit en tout, allant jusqu’à tuer son épouse et finir ses jours dans l’infamie. Ironie de l’histoire, c’est de ce fils que naîtra Françoise d’Aubigné, future marquise de Maintenon et épouse secrète du roi Louis XIV. Ainsi la petite-fille de l’ardent défenseur de la Réforme deviendra l’ombre discrète du Roi Très-Chrétien.

Agrippa d’Aubigné meurt à 78 ans, fidèle à lui-même, c’est-à-dire seul, intransigeant, et libre. S’il fut longtemps méconnu, son œuvre est aujourd’hui saluée comme l’un des sommets de la poésie baroque française, une voix puissante et tourmentée, cri de douleur d’un temps de guerre civile et de foi déchirée.

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