Le 8 mai 1880, Gustave Flaubert s’éteint subitement dans sa maison de Croisset, à Canteleu, foudroyé par une hémorragie cérébrale. L’écrivain, considéré aujourd’hui comme l’un des piliers du roman moderne, meurt dans la solitude, accablé par la maladie, les pertes affectives et des soucis financiers qui ternissent ses dernières années.
Un écrivain de plus en plus seul
À partir des années 1870, la vie de Flaubert se fait plus sombre. La guerre franco-prussienne et l’occupation de la Normandie le contraignent à fuir Croisset. Il perd ensuite sa mère, pilier affectif de son existence, en 1872. La disparition de ses amis proches, notamment Louis Bouilhet et George Sand, le laisse sans soutien dans le monde littéraire. Sa santé décline : il souffre de crises d’épilepsie, de névralgies, et son moral est miné par des revers financiers. La faillite de son neveu par alliance l’oblige à vendre ses biens, et il renonce à son appartement parisien.
Malgré cela, Flaubert continue d’écrire avec obstination. Il publie en 1877 Trois Contes, un recueil où transparaît toute la richesse de sa prose et sa capacité à mêler l’ironie, le sacré et le pathétique. Mais son grand projet, Bouvard et Pécuchet, une satire colossale des savoirs et des idées reçues, le laisse épuisé. L’œuvre, commencée en 1872, l’accompagne jusqu’à sa mort. Il n’en termine que les premiers chapitres, mais y consacre une immense documentation. Ce sera son dernier combat littéraire, une entreprise méthodique et ironique pour dénoncer la bêtise humaine.
Une fin tragique et une reconnaissance tardive
Le 8 mai 1880, seul à Croisset, Flaubert est retrouvé inanimé dans son cabinet de travail. Il avait 58 ans. Trois jours plus tard, ses funérailles à Rouen rassemblent de nombreux écrivains : Maupassant, son « fils spirituel », Zola, Daudet, les frères Goncourt… Tous viennent saluer une figure qu’ils considèrent comme un maître. Maupassant, en particulier, pleure la perte de celui qui l’avait guidé dans ses débuts et auquel il dédiera plusieurs écrits.
Flaubert quitte ce monde sans avoir connu la gloire apaisée. Il avait souvent dit qu’il ne vivait que pour écrire, se décrivant comme un « homme-plume ». Sa fin de vie, marquée par la misère matérielle, l’amertume et l’isolement, contraste avec la postérité de son œuvre. Aujourd’hui, Madame Bovary, L’Éducation sentimentale ou encore Trois Contes figurent au panthéon de la littérature française.
Sa tombe au cimetière monumental de Rouen, sobre et discrète, reflète peut-être la vie intérieure de cet écrivain exigeant, désillusionné, mais résolument fidèle à sa vocation.