Le 26 mai 1799, Alexandre Sergueïevitch Pouchkine voit le jour à Moscou, au cœur d’une Russie encore marquée par le règne de Catherine II. Issu d’une famille aristocratique, élevé dans un univers francophone et francophile, il allait devenir le père fondateur de la littérature russe moderne. Poète flamboyant, esprit libre, homme de passions et de contradictions, il marqua à jamais son pays par une œuvre d’une richesse exceptionnelle, où se mêlent lyrisme, humour, réalisme et une langue d’une élégance rare.
Un génie précoce, entre inspiration française et âme russe
Dès son plus jeune âge, Pouchkine est plongé dans la culture française : à dix ans, il lit La Fontaine et Voltaire dans le texte. Au prestigieux lycée impérial de Tsarskoïe Selo, il s’impose rapidement comme le poète prodige d’une génération. Sa première publication, À un ami poète, séduit jusqu’au vieux Derjavine. En 1820, Rouslan et Ludmila lui assure une notoriété nationale, mais aussi un exil forcé pour ses vers jugés subversifs.
Au fil de ses pérégrinations dans le Caucase, la Crimée ou encore Odessa, Pouchkine puise dans le folklore, les légendes et la beauté rude de la Russie méridionale. Il compose alors ses premiers chefs-d’œuvre : Le Prisonnier du Caucase, Les Tziganes, La Fontaine de Bakhtchisaraï. Mais c’est dans Eugène Onéguine, roman en vers entamé en 1823, qu’il bâtit l’architecture d’une nouvelle littérature russe, à la fois ancrée dans les réalités sociales et sublimée par la poésie.
Une mort romantique pour une légende nationale
Rappelé à Moscou en 1826 par Nicolas Ier, Pouchkine bénéficie de la protection ambiguë du tsar, devenu son censeur personnel. Désormais surveillé dans ses moindres gestes, il mène une vie mondaine et chaotique. Son mariage avec la ravissante Natalia Gontcharova est aussi brillant que ruineux, et les rumeurs d’infidélité autour du baron d’Anthès provoquent bientôt une escalade dramatique.
Le 27 janvier 1837, lors d’un duel à Saint-Pétersbourg, Pouchkine est mortellement blessé. Il meurt deux jours plus tard, à l’âge de 37 ans. Sa disparition plonge le pays dans un deuil immense. Enterré en secret pour éviter des rassemblements trop fervents, il devient une figure sacrée de la Russie littéraire.
Son œuvre, admirée par Gogol, Dostoïevski, Tourgueniev ou Tchaïkovski, incarne la fusion de la rigueur classique et de la liberté romantique. Pouchkine n’a pas seulement élevé la langue russe au rang de langue littéraire : il a ouvert un monde. « La Russie sans Pouchkine, écrivait Gogol, c’est impensable. » Deux siècles plus tard, ce jugement demeure inchangé.