C’était un 25 avril : publication de Robinson Crusoé, naissance du roman d’aventures
Robinson Crusoé

Le 25 avril 1719, le public anglais découvre pour la première fois Robinson Crusoé, roman signé Daniel Defoe. Présenté comme une autobiographie d’un marin naufragé, le livre est un succès immédiat et marque un tournant dans l’histoire littéraire : il est aujourd’hui considéré comme le tout premier roman d’aventures moderne, et l’un des tout premiers récits de fiction en prose à connaître un tel engouement. Inspiré de faits réels, notamment de la vie d’Alexander Selkirk, marin écossais abandonné sur une île déserte pendant plusieurs années, le récit mêle réalisme, introspection et péripéties.

Sous la plume de Defoe, Robinson Crusoé devient un personnage emblématique : jeune homme désobéissant à ses parents pour partir en mer, il enchaîne les mésaventures avant de se retrouver naufragé sur une île déserte au large de l’Orénoque, en Amérique du Sud. Seul survivant, il apprend à vivre en autarcie pendant vingt-huit ans. Grâce à son ingéniosité et sa foi, il construit un abri, cultive la terre, lit la Bible, et développe peu à peu un mode de vie durable. Tout bascule lorsqu’il rencontre un indigène qu’il sauve des cannibales et nomme « Vendredi ». Ensemble, ils finissent par regagner l’Angleterre. Robinson Crusoé s’impose ainsi comme un modèle de résilience et d’autonomie.

Un classique littéraire et un mythe colonial

Plus qu’une simple histoire de survie, Robinson Crusoé incarne aussi, avec le recul, une vision très européanocentrée du monde. Robinson, en convertissant Vendredi au christianisme, en lui enseignant l’anglais et en le plaçant dans une relation de subordination, incarne une figure de maître occidental face au « bon sauvage », stéréotype colonialiste bien ancré au XVIIIe siècle. Ce rapport maître-serviteur, largement idéalisé, fut critiqué plus tard pour ses relents paternalistes et pour la manière dont il normalise la domination coloniale.

Pourtant, l’œuvre a aussi fasciné des penseurs comme Jean-Jacques Rousseau, qui voyait en Robinson Crusoé un modèle d’éducation, d’apprentissage par l’expérience et de retour à la nature. Elle a donné lieu à des traductions innombrables (la première en français dès 1720), à des réécritures, des suites, des détournements, des critiques… et à d’innombrables adaptations au cinéma, à la télévision ou en bande dessinée.

Par sa dimension universelle – l’homme seul face à la nature –, Robinson Crusoé est devenu un mythe moderne. Il incarne à la fois l’aventure, la solitude, la débrouillardise et l’ambivalence du colonialisme. Trois siècles plus tard, l’histoire de ce naufragé demeure une source inépuisable de lectures, de débats et d’inspiration.

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