Le 18 juin 1547, Miguel de Cervantès voit le jour à Alcalá de Henares, en Castille, dans une Espagne en pleine effervescence. Le royaume vient d’achever la Reconquista, les navires affluent des Amériques chargés d’or, et la langue castillane rayonne dans toute l’Europe. Pourtant, le jeune Miguel naît dans une famille modeste : son père, Rodrigo, est chirurgien-barbier, un métier aussi peu prestigieux que mal rémunéré. L’enfance de Cervantès est marquée par les dettes, les déménagements, et l’instabilité. Très tôt, il découvre le théâtre et la poésie, fréquentant les rues cosmopolites de Séville avant de suivre les enseignements humanistes de Juan López de Hoyos à Madrid. C’est là qu’il publie ses premiers vers… mais une rixe le contraint à l’exil. Accusé d’avoir blessé un homme, il est condamné par contumace et prend la fuite pour l’Italie.
Le manchot de Lépante, prisonnier à Alger
Cervantès s’engage comme soldat et participe à la célèbre bataille navale de Lépante, le 7 octobre 1571, contre les Ottomans. Il y est grièvement blessé à la main gauche, qu’il ne pourra plus jamais utiliser. Il en tirera une certaine fierté : « J’ai perdu la main gauche pour la gloire de la droite ». Mais l’aventure tourne au drame en 1575 : sur le chemin du retour vers l’Espagne, il est capturé par des pirates barbaresques et passe cinq ans en captivité à Alger. Malgré plusieurs tentatives d’évasion, ce n’est qu’en 1580 qu’il retrouve enfin la liberté, racheté par des moines trinitaires.
De retour en Espagne, Cervantès enchaîne les petits emplois et connaît la pauvreté. Il publie quelques œuvres, dont La Galatée (1585), mais reste inconnu du grand public. C’est en 1605, à 57 ans, qu’il connaît enfin la gloire avec Don Quichotte. Ce roman burlesque, à la fois satire des romans de chevalerie et profonde réflexion sur l’idéal et la folie, rencontre un succès immense. Cervantès y donne naissance à un genre nouveau : le roman moderne. La deuxième partie paraît en 1615, un an avant sa mort, le 23 avril 1616 — le même jour que William Shakespeare. Le père de Don Quichotte, de Sancho Panza et de Dulcinée s’éteint à Madrid, laissant une œuvre universelle, traduite, imitée, étudiée dans le monde entier. L’Espagne perdait ce jour-là non seulement un écrivain, mais un pilier de son identité culturelle.