Trois ans après La Petite Dernière, Fatima Daas revient avec un deuxième roman très attendu, Jouer le jeu, publié ce 22 août aux éditions de l’Olivier. Dans ce récit d’apprentissage intimiste et sans détour, l’autrice explore à nouveau les thèmes qui forgent son œuvre : l’identité, la marginalité, et la quête d’émancipation. À travers Kayden, une adolescente brillante qui se cherche, Daas affirme son style : une écriture épurée, directe, musicale, qui dit beaucoup avec peu.
Grandir, écrire, aimer : l’initiation de Kayden
Kayden a 15 ans, entre en seconde dans un lycée de banlieue, et rêve d’écrire. Lors d’un questionnaire de rentrée, elle refuse de cocher les cases “féminin” ou “masculin”, et déclare que ce qui la rend heureuse à l’école, c’est l’écriture. Ces premières lignes donnent le ton : Jouer le jeu est le portrait d’une adolescente hors normes, en pleine construction, dont la rencontre avec Madame Fontaine, professeure de français, va faire basculer le parcours. Décelant un talent rare, l’enseignante l’encourage à viser Sciences Po — un cap presque inimaginable pour Kayden, mais qui va devenir l’horizon de son émancipation.
Le roman retrace trois années de lycée, entre aspirations sociales, pression scolaire, soutien familial discret mais réel, et doutes identitaires. Kayden doit non seulement apprivoiser un monde scolaire qui ne semble pas fait pour elle, mais aussi assumer ses désirs, dans un environnement peu accueillant à la différence. Les rapports entre l’adolescente et sa professeure, nourris d’admiration et de trouble, prennent peu à peu une coloration plus complexe, jusqu’à une lettre finale poignante : « C’était ton rôle de me protéger », écrit-elle, en évoquant cette relation ambiguë qui mêle transmission et confusion des frontières.
Une littérature du réel, intime et politique
Après La Petite Dernière, roman remarqué et récompensé du Prix des Inrockuptibles en 2020, Fatima Daas poursuit son exploration de figures féminines en quête de leur place. Elle construit un univers profondément réaliste, peuplé de scènes du quotidien, d’amitiés intenses, de silences et d’élans, avec une précision rare. Son écriture, brute mais jamais froide, capture les nuances de l’adolescence : les allers-retours émotionnels, les désirs naissants, la soif d’émancipation.
Mais Jouer le jeu ne se limite pas à une histoire individuelle. À travers Kayden, c’est tout un système scolaire que Daas interroge, ses rigidités, ses exclusions, ses modèles sociaux implicites. Le roman aborde aussi la manière dont les institutions (le lycée, les concours, les cases administratives) façonnent — ou enferment — les trajectoires possibles. Comme dans son précédent ouvrage, Fatima Daas parle depuis la marge, et de la marge, avec une grande justesse.