Membre de l’Académie française et prix Femina 1971, l’écrivain et critique Angelo Rinaldi est mort ce mercredi 7 mai à Paris, à l’âge de 84 ans. L’Académie a annoncé la disparition de l’un de ses membres les plus redoutés, saluant une figure qui a marqué la littérature française par son style acerbe et son goût du jugement tranchant.
Né à Bastia en 1940, Angelo Rinaldi a bâti sa réputation en se forgeant une place à part dans le paysage littéraire français. Romancier couronné dès son deuxième roman, La Loge du Gouverneur, il devient surtout un critique redouté, à une époque où la presse littéraire pouvait faire ou défaire une réputation. Là où nombre de ses confrères caressaient les auteurs dans le sens du vent, Rinaldi prenait un malin plaisir à éreinter — souvent avec un esprit mordant — les gloires établies. Cela lui valut peu d’amis mais une fidélité de ses lecteurs.
Élu à l’Académie française en 2001, Rinaldi y rejoignait son compagnon Hector Bianciotti, dans une institution qu’il n’épargnait pourtant pas de ses piques. Il avait fait de l’irrévérence une marque de fabrique, assumant même de critiquer férocement ceux dont il n’avait pas partagé les honneurs littéraires. À travers ses chroniques — réunies dans Les Roses et les Épines — il attaquait Aragon, moquait Duras, et dézinguait même la Pléiade d’Albert Cohen, non sans une part de provocation.
Passions de lecture et haines choisies
Mais Rinaldi n’était pas que sarcasme. Il aimait profondément certains auteurs, avec la ferveur d’un lecteur habité. Céline, Saint-Simon, Gombrowicz, Jünger ou encore Rhys et Satta composaient son panthéon. Une constellation d’écrivains exigeants, souvent en marge, auxquels il vouait une admiration intransigeante. Sa plume était capable, dans ses bons jours, d’un lyrisme discret et d’une élégance sobre.
Avec Angelo Rinaldi disparaît une figure littéraire singulière, à la fois redoutée et admirée, qui a su faire de la critique un art aussi tranchant que littéraire. Un homme qui, jusqu’au bout, aura préféré l’indépendance à la compromission.