Avec Aimer, paru le 21 août chez Julliard, Sarah Chiche signe un roman ample et vibrant, où les retrouvailles de deux enfants devenus adultes deviennent le fil rouge d’une réflexion sur le passage du temps, les blessures de l’amour et le poids des choix. Derrière l’histoire intime d’un duo, se dessine en creux le portrait lucide d’une époque rongée par le cynisme et l’ambition.
Une passion contrariée par la vie
Tout commence dans les années 1980, au bord du lac Léman. Alexis et Margaux, 9 ans, sont inséparables. Lui vit dans le confort bourgeois, elle tente de survivre entre une mère instable et un beau-père violent. Un événement dramatique – une tentative de noyade évitée de justesse – scelle leur lien à jamais. Mais la disparition brutale de Margaux les arrache l’un à l’autre. Dès lors, chacun trace sa route dans une direction opposée.
Alexis, marqué par cet abandon, se plonge dans une carrière brillante au service d’un grand groupe pharmaceutique, jusqu’à collaborer à la diffusion d’un opioïde addictif. Marié à Adèle, incarnation de l’ambition froide, il finit par tout remettre en question. Margaux, elle, devient écrivaine, épouse un sociologue et construit une vie plus libre, bien que bancale. Quand ils se retrouvent à la cinquantaine, tout semble derrière eux. Mais une lueur subsiste. Sarah Chiche explore cette force mystérieuse qui relie deux êtres malgré le temps et les ruptures.
Une exploration de toutes les formes d’amour
À travers le destin de ses personnages, Chiche interroge les multiples visages du verbe « aimer » : passion d’enfance, tendresses adultes, amitiés féminines tardives, fidélité à une vocation, ou encore attachement aux souvenirs. La narration, chorale et richement documentée, s’étend jusqu’en 2054. L’autrice, également psychanalyste, y mêle satire sociale et introspection, en abordant des thèmes contemporains comme la crise des opioïdes aux États-Unis, l’obsession de la réussite ou l’usure des liens conjugaux.
« Une vie n’est pas une ligne droite », écrit Chiche. Son roman épouse cette idée en évitant les facilités du récit sentimental. Chaque chapitre est traversé d’émotions franches et d’un regard critique sur les illusions collectives. En choisissant le titre Aimer à l’infinitif, l’autrice revendique l’ouverture : un élan, un refus d’enfermer ce sentiment dans un seul temps ou une seule définition. « L’infinitif est la promesse avant l’acte », affirme-t-elle dans un entretien relayé par France Télévisions. Loin des clichés, Aimer devient alors le récit d’un combat obstiné contre l’érosion des sentiments et l’oubli de soi.