Ilan Rosenfeld avance parmi les décombres de ce qui fut son café, foulant des débris de vaisselle et des fragments de roquettes. Comme des dizaines de milliers d’habitants du nord d’Israël, il a fui lorsque le conflit entre Israël et le Hezbollah a éclaté en octobre 2023. Un an après un cessez le feu fragile, il ne reste de son entreprise que des murs calcinés. Dans cette région à nouveau sous tension, de nombreuses familles tentent de reprendre leur vie là où la guerre l’a brisée.
Un retour entravé par les destructions et la peur persistante
Si les autorités assurent que la majorité des évacués sont revenus, la réalité est tout autre dans les localités situées au plus près du Liban. À Metula, environ la moitié des habitants seulement ont regagné leurs maisons, souvent endommagées ou inhabitées depuis plus d’un an. Des centaines de logements ont été détruits, les commerces sont à l’arrêt et l’économie locale, fondée sur l’agriculture et le tourisme, peine à repartir. Certains employeurs se tournent désormais vers des travailleurs étrangers pour remplacer les habitants encore absents.
Les frappes israéliennes dans le sud du Liban se poursuivent plusieurs fois par semaine et nourrissent l’inquiétude d’un nouvel embrasement. Israël accuse le Hezbollah de ne pas respecter le cessez le feu, tandis que le mouvement chiite refuse de désarmer tant que les forces israéliennes restent déployées à la frontière. Le sud du Liban porte lourdement les traces des bombardements et l’ONU estime que plus de cent civils y ont été tués depuis l’accord de trêve.
Pour les résidents revenus dans le nord, la vie quotidienne reste dominée par la peur. Rosenfeld vit désormais dans un abri voisin des ruines de son café, entouré de véhicules militaires et de tours de surveillance. Plusieurs habitants affirment n’avoir reçu aucune aide malgré les promesses du gouvernement. Le manque de soutien alimente un sentiment d’abandon dans une région qui se considère en première ligne.
Les autorités affirment pourtant avoir consacré des centaines de millions de dollars à la reconstruction et promettent d’importants investissements pour relancer l’économie. Les responsables locaux évoquent une population qui servirait de bouclier humain et réclament davantage de moyens. Mais pour beaucoup, ces assurances ne suffisent pas à dissiper la crainte d’une nouvelle escalade.
À Metula, l’inquiétude est palpable. Les exercices militaires résonnent régulièrement et les enfants n’osent plus jouer dehors. Certains habitants, revenus par nécessité ou par attachement à leur village, envisagent à nouveau de partir. Ils doutent de la capacité de l’armée à les protéger en cas de reprise des hostilités. Pour de nombreuses familles, reconstruire n’est possible qu’à condition de croire en un avenir plus stable, ce que la frontière demeure loin de garantir.