Les États-Unis ont soumis au Conseil de sécurité de l’ONU un projet de résolution visant à lever les sanctions internationales imposées au président syrien Ahmed al-Charia, en amont d’une visite officielle prévue lundi à la Maison-Blanche pour une rencontre avec Donald Trump. Le texte, consulté mardi par Reuters, inclut également la levée des sanctions frappant le ministre syrien de l’Intérieur, Anas Khattab.
Pour être adoptée, la résolution devra recueillir au moins neuf voix favorables parmi les quinze membres du Conseil et ne faire l’objet d’aucun veto de la part des membres permanents États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et Chine. Si le calendrier du vote n’a pas encore été fixé, cette initiative marque un tournant spectaculaire dans la position américaine à l’égard de Damas, après plus d’une décennie de sanctions économiques et diplomatiques imposées à la Syrie.
Ahmed al-Charia a accédé au pouvoir en décembre dernier à la suite de la chute de Bachar al-Assad, renversé par une offensive éclair des forces insurgées dominées par le groupe islamiste Hayat Tahrir al-Sham (HTS). Ancienne branche syrienne d’Al-Qaïda, le HTS a officiellement rompu ses liens avec le réseau terroriste en 2016, mais reste inscrit sur la liste noire du Conseil de sécurité depuis 2014.
Malgré ces antécédents, Washington plaide désormais pour un « réengagement constructif » avec la Syrie, estimant que le nouveau pouvoir à Damas représente « une opportunité de stabilisation régionale », selon des diplomates proches du dossier. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth et le secrétaire d’État Antony Blinken auraient convaincu Donald Trump qu’un rapprochement pourrait freiner l’influence de l’Iran et de la Russie au Levant.
Un comité des sanctions de l’ONU avait déjà accordé à Ahmed al-Charia plusieurs dérogations de voyage cette année, lui permettant de participer à des réunions régionales, malgré son statut de dirigeant d’un groupe anciennement affilié à Al-Qaïda. Même si la résolution américaine n’était pas adoptée à temps, ces exemptions devraient lui permettre de se rendre aux États-Unis sans enfreindre les règles internationales.
Donald Trump a annoncé dès mai dernier sa volonté de lever les sanctions unilatérales américaines contre la Syrie, rompant ainsi avec la ligne dure adoptée par Washington depuis 2011. Ce rapprochement controversé intervient alors que, selon un rapport interne de l’ONU consulté par Reuters, les experts des sanctions n’ont constaté « aucun lien actif » entre le HTS et Al-Qaïda au cours de l’année 2025.
Si elle était adoptée, la résolution ouvrirait une nouvelle phase diplomatique au Moyen-Orient : celle d’une réintégration progressive de la Syrie dans le jeu international, après plus de treize ans d’isolement. Mais plusieurs puissances, dont la France et le Royaume-Uni, pourraient s’y opposer, redoutant une légitimation trop rapide d’un pouvoir encore jugé instable et marqué par son passé djihadiste.