Tensions nucléaires : l’Iran met en garde l’Europe contre une « escalade irréversible » en cas de réimposition de sanctions
Tensions nucléaires : l’Iran met en garde l’Europe contre une « escalade irréversible » en cas de réimposition de sanctions

PARIS — Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, a lancé lundi un avertissement direct aux puissances européennes, les enjoignant à ne pas activer le mécanisme onusien dit de « snapback » qui permettrait de rétablir les sanctions internationales contre Téhéran. Dans une tribune publiée dans Le Point, Araqchi a affirmé qu’un tel geste entraînerait non seulement la fin du rôle diplomatique de l’Europe dans le dossier nucléaire, mais risquerait également d’ouvrir la voie à une « escalade des tensions qui pourrait devenir irréversible ».

Cet avertissement intervient alors que les relations entre l’Iran et les pays dits « E3 » – la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne – sont au plus bas. En vertu de la résolution des Nations unies qui encadre l’accord nucléaire de 2015 (JCPOA), les Européens ont jusqu’au 18 octobre pour déclencher ce mécanisme en réponse aux violations de l’accord par l’Iran, notamment l’enrichissement accéléré d’uranium à des niveaux proches de ceux requis pour une arme nucléaire.

Les tensions se sont accrues en parallèle du quatrième cycle de négociations entre Washington et Téhéran, qui s’est achevé dimanche à Oman sans avancée notable. Les Européens, bien qu’exclus de ces pourparlers directs, continuent de se coordonner étroitement avec l’administration Trump pour envisager des mesures de pression communes.

De son côté, Donald Trump a adopté lundi un ton plus conciliant, déclarant que l’Iran « parlait intelligemment » et affirmant : « Nous voulons que l’Iran soit riche, merveilleux, heureux et grand, mais il ne peut pas posséder l’arme nucléaire. » Le président américain a toutefois réitéré son intransigeance sur la question nucléaire, soulignant qu’il croyait que les autorités iraniennes avaient compris sa fermeté.

Selon des diplomates européens cités par Reuters, les capitales du E3 envisagent d’activer le mécanisme de snapback dès le mois d’août si aucun progrès significatif n’est enregistré d’ici là. Les discussions en tête-à-tête entre diplomates européens et iraniens, tenues récemment à Rome, ont été jugées par Araqchi comme un « début prometteur, mais fragile ».

Le climat est d’autant plus tendu que les griefs européens ne se limitent plus au nucléaire : les activités balistiques de l’Iran, la détention de ressortissants étrangers et son soutien militaire à la Russie dans la guerre en Ukraine ont contribué à une nette détérioration des relations.

Depuis 2019, Téhéran a progressivement violé les restrictions du JCPOA, notamment en enrichissant de l’uranium à hauteur de 60 %, soit un niveau proche des 90 % nécessaires à une application militaire. L’Iran continue toutefois d’affirmer que son programme nucléaire est exclusivement civil.

Alors que l’échéance d’octobre se rapproche, la question reste de savoir si l’Europe choisira la voie de la pression maximale ou celle d’une médiation fragile. La réponse pourrait sceller l’avenir de l’accord de 2015 et, avec lui, la stabilité dans une région déjà en proie à de nombreuses crises.

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