Le géant américain de la défense Lockheed Martin a annoncé un investissement de 50 millions de dollars dans le fabricant de drones maritimes Saildrone, dans le but d’armer ses navires autonomes de longue portée avec des missiles Tomahawk. Ce partenariat marque une première historique : jamais des drones de surface télécommandés n’avaient été dotés de missiles de ce calibre.
L’accord, dévoilé mercredi, intervient dans un contexte de rivalité croissante entre les États-Unis et la Chine dans la région indo-pacifique. Le Pentagone espère ainsi renforcer sa capacité de dissuasion navale tout en s’appuyant sur les enseignements tirés de la guerre en Ukraine, où les drones maritimes explosifs ont joué un rôle déterminant contre la flotte russe en mer Noire.
Les drones Saildrone, conçus à l’origine pour la surveillance maritime et la collecte de données océanographiques, seront adaptés pour accueillir des systèmes d’armes lourdes. Leur intégration de missiles Tomahawk – capables de frapper des cibles à plus de 1 600 kilomètres – donnerait aux États-Unis un avantage tactique inédit : frapper à distance sans exposer directement leurs équipages.
« L’intégration des missiles de croisière à bord de plateformes autonomes change la donne », a déclaré un porte-parole de Lockheed Martin. « Ces drones pourront opérer de manière indépendante dans des zones contestées, tout en élargissant le champ d’action de la marine américaine. »
Cette modernisation s’inscrit dans une stratégie plus large du département américain de la Défense, qui mise sur l’intelligence artificielle et les systèmes autonomes pour multiplier les capacités opérationnelles à moindre coût. En parallèle, Washington développe une flotte dite “mixte”, composée à la fois de bâtiments habités et de drones maritimes.
Les experts militaires estiment que cette évolution pourrait transformer la doctrine navale américaine. En rendant les drones de surface plus offensifs, les États-Unis cherchent à renforcer leur présence dans le Pacifique face à la montée en puissance rapide de la marine chinoise, tout en réduisant les risques humains en cas d’affrontement.
Avec cet investissement dans Saildrone, Lockheed Martin franchit ainsi une étape décisive vers la militarisation des navires autonomes — un domaine qui, jusqu’ici, relevait principalement de la surveillance et du renseignement maritime.