Le gouvernement japonais s’emploie à désamorcer une crise diplomatique naissante avec Pékin. Selon plusieurs médias japonais, un haut responsable du ministère des Affaires étrangères, Masaaki Kanai, se rendra en Chine lundi pour tenter de calmer les tensions provoquées par les récents propos de la Première ministre Sanae Takaichi concernant Taïwan.
La polémique a éclaté après que Takaichi a affirmé devant les parlementaires qu’une attaque chinoise contre Taïwan pourrait menacer la « survie » du Japon et potentiellement déclencher une riposte militaire. Une prise de position inhabituelle, tant Tokyo s’est longtemps gardé d’évoquer publiquement un scénario d’intervention militaire, de peur d’irriter Pékin, qui revendique l’île autonome comme partie intégrante de son territoire.
Kanai, directeur général du bureau Asie-Océanie, devrait rencontrer son homologue chinois, Liu Jinsong, pour clarifier que les propos de Takaichi ne signalent aucun changement dans la politique de sécurité du Japon, ont indiqué les médias. Il devrait également exhorter Pékin à éviter toute action supplémentaire susceptible d’aggraver les relations bilatérales. Le ministère japonais des Affaires étrangères n’a toutefois pas confirmé officiellement ce déplacement.
La réaction chinoise a été immédiate et virulente. Vendredi, Pékin a averti Tokyo qu’il subirait une « défaite militaire écrasante » s’il intervenait à Taïwan, et a convoqué l’ambassadeur du Japon pour une protestation formelle. La Chine a également déconseillé à ses ressortissants de se rendre au Japon, faisant craindre un impact économique pour le secteur touristique nippon.
Les médias d’État chinois ont poursuivi leurs attaques ce lundi. Dans un éditorial, le Quotidien du Peuple a qualifié les propos de Takaichi de « dangereux », évoquant une « imprudence stratégique » et une « provocation délibérée » qui aurait touché une « corde sensible » dans la région.
Au Japon, les économistes commencent à mesurer les risques. Takahide Kiuchi, du Nomura Research Institute, estime qu’une baisse du tourisme chinois comparable à celle enregistrée lors de la crise diplomatique de 2012 une chute de 25 % pourrait représenter un choc significatif pour l’économie. Selon lui, un tel recul pèserait pour plus de la moitié de la croissance annuelle du pays.
Face à ces tensions grandissantes, Tokyo semble vouloir éviter une escalade, tout en cherchant à réaffirmer ses positions de sécurité dans une région marquée par les rivalités stratégiques et l’incertitude autour de l’avenir de Taïwan.