Le chef suprême des talibans fustige l’interdiction d’entrée des Afghans décrétée par Trump et qualifie les États-Unis d’« oppresseurs »
Le chef suprême des talibans fustige l’interdiction d’entrée des Afghans décrétée par Trump et qualifie les États-Unis d’« oppresseurs »

Le chef des talibans, Hibatullah Akhundzada, a condamné avec virulence samedi le décret signé par le président américain Donald Trump interdisant l’entrée aux citoyens afghans sur le sol des États-Unis. Dans une déclaration diffusée à l’occasion de l’Aïd al-Adha, Akhundzada a qualifié les États-Unis d’« oppresseurs » et a accusé Washington de bafouer les droits humains, tout en appelant à une réintégration des Afghans ayant fui leur pays.

L’attaque verbale du chef suprême des talibans constitue la première réaction publique du régime islamiste afghan depuis l’annonce, cette semaine, de la décision de l’administration Trump de bannir les ressortissants de 12 pays, dont l’Afghanistan. La mesure vise à restreindre l’accès au territoire américain aussi bien pour des séjours temporaires — comme les études — que pour les candidats à une réinstallation permanente.

Dans un enregistrement audio de 45 minutes diffusé par le porte-parole des talibans Zabihullah Mujahid sur X (ex-Twitter), Akhundzada a dénoncé une mesure discriminatoire : « Les citoyens de 12 pays sont interdits d’entrée sur leur territoire — les Afghans aussi. Pourquoi ? Parce qu’ils affirment que notre gouvernement ne contrôle pas sa population. Oppresseur ! Est-ce cela, votre idée de l’amitié envers l’humanité ? »

Le dirigeant taliban a également relié cette interdiction aux violences en Palestine, accusant les États-Unis d’être responsables de la mort de femmes et d’enfants à Gaza. « Vous commettez des actes qui dépassent les limites de la tolérance », a-t-il déclaré.

Du côté américain, l’administration Trump justifie cette interdiction par des raisons de sécurité nationale, affirmant que l’Afghanistan est incapable d’assurer des procédures de vérification fiables, que les documents officiels y sont peu sûrs, et que les taux de dépassement de visa des Afghans sont élevés. Washington avait déjà suspendu en janvier son programme de réinstallation des réfugiés afghans, laissant des dizaines de milliers de personnes ayant coopéré avec les États-Unis dans l’incertitude.

En parallèle, le Premier ministre taliban, Mohammad Hassan Akhund, a appelé les Afghans exilés à revenir au pays, leur promettant sécurité et soutien. « Personne ne vous fera de mal », a-t-il assuré, exhortant ses compatriotes à « revenir sur la terre de leurs ancêtres et vivre dans un climat de paix ». Il a aussi critiqué les médias internationaux pour ce qu’il qualifie de « jugements erronés » sur les politiques du régime islamiste.

Depuis leur retour au pouvoir en août 2021, à la faveur du retrait précipité des troupes américaines et de l’OTAN, les talibans ont imposé un régime autoritaire marqué par de sévères restrictions aux droits des femmes. Le régime, toujours non reconnu officiellement par la communauté internationale, entretient néanmoins des relations diplomatiques avec certains pays, notamment la Chine et la Russie.

Entre-temps, les Afghans qui avaient fui vers le Pakistan dans l’espoir d’une réinstallation vers des pays tiers, comme les États-Unis, se retrouvent également menacés d’expulsion par les autorités pakistanaises. Près d’un million d’entre eux auraient déjà quitté le pays depuis octobre 2023 pour éviter arrestations et refoulements.

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