Le ton de Berlin se durcit face à Tel-Aviv. À la veille d’une visite officielle en Israël et dans les territoires palestiniens, le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a déclaré jeudi que l’Allemagne « réagirait » à toute action unilatérale d’Israël sur les territoires palestiniens, notamment aux projets d’annexion évoqués par certains membres du gouvernement israélien. Ce message marque l’avertissement le plus explicite lancé par Berlin à l’État hébreu depuis le début de la guerre à Gaza.
Dans une déclaration publiée avant son départ, Wadephul a rappelé que la reconnaissance d’un État palestinien ne devait intervenir qu’à l’issue de négociations aboutissant à une solution à deux États. Mais il a également prévenu que l’Allemagne ne resterait pas silencieuse si Israël décidait d’agir seul, contournant le processus diplomatique en cours. Le ministre évoque notamment des « menaces d’annexion » exprimées récemment par certains ministres israéliens.
Cette prise de position intervient alors que l’Allemagne se trouve de plus en plus isolée au sein des puissances occidentales sur le dossier israélo-palestinien. Si Berlin a longtemps affiché un soutien indéfectible à Israël, en grande partie en raison de son histoire et de la mémoire de la Shoah, l’évolution de l’opinion publique allemande et l’intensification de la crise humanitaire à Gaza semblent infléchir cette ligne.
En effet, plusieurs pays européens, dont la France, le Royaume-Uni et le Canada, ont récemment exprimé leur volonté de reconnaître un État palestinien lors de l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre. Une dynamique diplomatique qui exerce une pression croissante sur Berlin, critiqué pour sa prudence excessive et sa réticence à adopter des mesures concrètes.
Le voyage de Johann Wadephul s’inscrit dans ce contexte de réévaluation. Présentée comme une mission d’enquête, sa visite vise à évaluer la situation humanitaire à Gaza et à discuter des conditions d’un futur règlement du conflit. Le ministre entend également envoyer un message clair : l’engagement de l’Allemagne pour la sécurité d’Israël ne doit pas être interprété comme un blanc-seing politique.
Malgré cela, les critiques soulignent que le poids des responsabilités historiques continue de freiner Berlin dans sa capacité à peser réellement sur la politique israélienne. L’influence persistante de courants pro-israéliens au sein des élites politiques et médiatiques allemandes est également pointée du doigt comme un facteur de paralysie diplomatique.
À l’approche de la session de l’ONU en septembre, l’Allemagne se trouve donc à un tournant : maintenir sa position traditionnelle ou rejoindre le mouvement international en faveur de la reconnaissance d’un État palestinien — au risque de froisser un allié historique.