La guerre commerciale chaotique de Trump : escalade, volte-face et trêve fragile
La guerre commerciale chaotique de Trump : escalade, volte-face et trêve fragile

WASHINGTON — Depuis son retour à la Maison Blanche en janvier 2025, le président américain Donald Trump a ravivé la guerre commerciale mondiale avec une série de mesures tarifaires spectaculaires, souvent imposées puis suspendues dans un laps de temps très court. Son approche agressive, mêlée de revirements brutaux, a plongé les marchés financiers dans l’incertitude et bousculé les relations commerciales des États-Unis avec leurs partenaires historiques.

Tout a commencé dès le 1er février, lorsque Trump a imposé des droits de douane massifs de 25 % sur les importations en provenance du Mexique et du Canada, et de 10 % sur les marchandises chinoises. Le président justifiait ces mesures par la lutte contre le trafic de fentanyl et l’immigration illégale. Trois jours plus tard, il suspendait partiellement ces sanctions, accordant une trêve de 30 jours aux deux voisins nord-américains en échange de concessions sur la sécurité frontalière — des concessions que la Chine refusait de fournir.

Au fil des semaines, les annonces se sont multipliées à un rythme effréné. Le 10 février, Trump augmentait brutalement les droits sur l’acier et l’aluminium à 25 %, sans exemptions. Le mois de mars a vu l’administration relancer l’offensive avec une série de droits de douane ciblés, notamment sur les véhicules, avant de reculer partiellement face à la pression des industriels américains, notamment Ford, GM et Stellantis, qui ont obtenu un délai d’un mois pour certaines importations.

L’apogée de cette escalade est survenue le 2 avril, lorsque Trump a annoncé un tarif général de 10 % sur toutes les importations, couplé à des hausses beaucoup plus sévères pour certains partenaires commerciaux stratégiques. Les marchés ont paniqué : moins d’une semaine plus tard, la Maison Blanche suspendait une large part des droits imposés la veille, après que les principales bourses mondiales ont perdu des milliers de milliards de dollars.

Parmi les mesures les plus controversées figure un tarif de 100 % sur tous les films étrangers, imposé le 4 mai dans ce que certains ont qualifié de tentative protectionniste contre Hollywood international. Des exemptions sélectives ont toutefois été accordées pour les produits électroniques et les smartphones — un geste envers la Silicon Valley, largement dépendante de la Chine pour ses chaînes d’approvisionnement.

En parallèle, Washington a lancé de nouvelles enquêtes de sécurité nationale sur les importations de produits pharmaceutiques et de semi-conducteurs, dans le but évident d’étendre les tarifs à ces secteurs sensibles.

Face à la pression diplomatique croissante, Trump a toutefois cherché à rééquilibrer sa stratégie. Le 9 mai, il a signé un accord bilatéral limité avec le Royaume-Uni qui, tout en maintenant des droits de 10 % sur les exportations britanniques, améliore légèrement l’accès agricole réciproque et réduit certains droits prohibitifs sur les automobiles.

Enfin, le 12 mai, dans ce qui marque un tournant majeur, les États-Unis et la Chine ont conclu une trêve de 90 jours. Elle prévoit la réduction temporaire des droits américains sur les importations chinoises de 145 % à 30 %, et des droits chinois de 125 % à 10 %. Ce compromis inattendu intervient après des semaines de tensions et pourrait ouvrir la voie à une désescalade plus durable.

Mais les analystes restent prudents. La volatilité des décisions de Trump, combinée à ses priorités changeantes et à sa rhétorique protectionniste persistante, rend toute prévision difficile. Cette guerre commerciale chaotique, où les coups d’éclat l’emportent souvent sur la stratégie, continue de redessiner les équilibres économiques mondiaux.

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