Entre États-Unis, UE et Chine, la Grande-Bretagne joue un périlleux jeu d’équilibriste commercial
Entre États-Unis, UE et Chine, la Grande-Bretagne joue un périlleux jeu d’équilibriste commercial

Alors que les grandes puissances mondiales redessinent les lignes de leurs alliances économiques, la Grande-Bretagne tente de trouver sa place dans un monde fragmenté, en multipliant les accords commerciaux avec les États-Unis, l’Union européenne et l’Inde, tout en cherchant à réchauffer ses relations avec la Chine. Une stratégie ambitieuse mais risquée, selon les analystes, qui y voient un exercice d’équilibre à haut potentiel de déstabilisation.

Depuis son départ de l’UE en 2020, Londres a signé une série d’accords pour relancer son économie, affaiblie par les conséquences du Brexit, une dette publique dépassant les 2 800 milliards de livres et une croissance atone. La récente conclusion d’un accord tarifaire limité avec Washington, incluant des allègements sur l’acier et l’automobile, place le Royaume-Uni dans une position singulière : le premier pays à obtenir une concession douanière de l’administration Trump, au grand dam de l’Union européenne, du Japon et d’autres alliés, qui prônent un front commun face aux politiques protectionnistes américaines.

Mais cet alignement plus étroit avec les États-Unis, notamment en matière de sécurité technologique et industrielle, suscite l’inquiétude de Pékin. Des clauses contenues dans l’accord commercial pourraient, selon les experts, exclure indirectement la Chine des chaînes d’approvisionnement britanniques dans des secteurs stratégiques comme la sidérurgie. L’ambassade de Chine à Londres a averti qu’elle réagirait « si nécessaire », dénonçant des arrangements qui pourraient cibler ses intérêts.

Simultanément, Londres cherche à se rapprocher à nouveau de Bruxelles, avec qui elle renoue une coopération dans les domaines de la défense, de l’énergie et de l’agriculture. Le sommet bilatéral de cette semaine, illustré par une photo conjointe entre Keir Starmer, Ursula von der Leyen et Antonio Costa sur un navire militaire britannique, témoigne de cette volonté d’apaisement. Pourtant, les divergences persistent, notamment sur les demandes américaines d’accès au marché alimentaire européen, qui pourraient fragiliser les négociations entre Londres et l’UE.

Ce positionnement « au centre du triangle » des grandes puissances pourrait exposer le Royaume-Uni à l’hostilité de chacun de ces blocs s’il échoue à maintenir un équilibre clair et cohérent, préviennent les analystes. Martin Donnelly, ancien haut fonctionnaire du ministère du Commerce, met en garde : « Il n’y a pas de victoires faciles. Une mauvaise stratégie pourrait conduire à être exclu des trois blocs. »

Certaines entreprises britanniques, notamment dans les secteurs sensibles comme la défense ou l’intelligence artificielle, réorganisent déjà leurs chaînes logistiques en réponse à cette géopolitique volatile. Marco Forgione, directeur du Chartered Institute of Export, recommande une stratégie différenciée par secteur – à condition qu’elle soit perçue comme cohérente et non opportuniste par les partenaires.

L’enjeu est clair pour Londres : relancer le commerce pour relancer l’économie, tout en préservant sa sécurité nationale et sa souveraineté diplomatique. Mais comme le résume Janka Oertel, spécialiste des relations sino-européennes : « Le Royaume-Uni s’est en quelque sorte transformé en cobaye du nouvel ordre mondial. Ce n’est pas forcément une position confortable. »

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