Crise humanitaire à Gaza : l’ONU presse d’agir, critique le plan d’aide alternatif soutenu par les États-Unis
Crise humanitaire à Gaza : l’ONU presse d’agir, critique le plan d’aide alternatif soutenu par les États-Unis

NATIONS UNIES — Face à une situation humanitaire catastrophique dans la bande de Gaza, le chef de l’aide humanitaire de l’ONU, Tom Fletcher, a lancé vendredi un appel pressant à la communauté internationale pour éviter de « perdre du temps » avec un plan d’aide alternatif soutenu par les États-Unis, alors que les agences onusiennes disposent déjà d’un dispositif prêt à être déployé.

Dans un communiqué ferme, Fletcher a exhorté les États à s’appuyer sur le plan existant de l’ONU pour acheminer l’aide à Gaza, où l’accès humanitaire est bloqué depuis 75 jours par Israël. « Nous avons les ressources humaines. Nous avons les réseaux de distribution. Nous avons la confiance des communautés sur le terrain. Et nous avons l’aide elle-même — 160 000 palettes — prête à être acheminée. Maintenant », a-t-il affirmé.

Cette déclaration intervient alors que la Fondation humanitaire pour Gaza, une initiative privée soutenue par l’administration Trump, prévoit de lancer ses propres opérations dans l’enclave d’ici fin mai. Selon des sources proches du dossier, le plan implique des sociétés de sécurité et de logistique américaines qui achemineraient l’aide vers des plateformes sécurisées, où elle serait ensuite distribuée par des ONG. Mais l’ONU et plusieurs organisations humanitaires ont exprimé leurs inquiétudes, qualifiant le dispositif de « non impartial, non neutre et non indépendant ».

« À ceux qui proposent une autre modalité de distribution de l’aide, ne perdons pas de temps », a martelé Fletcher. L’ONU affirme que près de 9 000 camions humanitaires sont prêts à entrer dans Gaza, à condition d’obtenir un feu vert d’Israël.

Vendredi, le président Donald Trump, de retour d’une tournée dans le Golfe, a reconnu publiquement la gravité de la crise : « Beaucoup de gens meurent de faim à Gaza », a-t-il déclaré. Selon les estimations de groupes de surveillance internationaux, près d’un demi-million de personnes dans l’enclave seraient actuellement menacées de famine, soit environ un quart de la population.

Israël, de son côté, continue d’accuser le Hamas de détourner l’aide humanitaire — une allégation que le groupe palestinien nie fermement. La mission israélienne auprès des Nations Unies n’a pas souhaité commenter les négociations en cours, mais selon une source proche de la Fondation humanitaire, Tel-Aviv se serait engagé à autoriser une reprise partielle de l’aide, notamment via les circuits traditionnels de l’ONU, en attendant que les infrastructures du nouveau plan soient pleinement opérationnelles.

Depuis le début du conflit le 7 octobre 2023, lorsque des militants du Hamas ont tué 1 200 personnes en Israël et pris 250 otages, la riposte militaire israélienne a causé la mort de plus de 53 000 Palestiniens, selon les autorités sanitaires de Gaza. Alors que les bombardements se poursuivent et que la population manque de tout, les appels à une réponse humanitaire rapide et coordonnée se multiplient. Mais la désorganisation croissante de l’aide, couplée à la concurrence entre dispositifs, risque d’aggraver encore un drame déjà hors de contrôle.

Partager