Le procureur spécial de Corée du Sud a officiellement demandé mardi un mandat d’arrêt contre l’ancien président Yoon Suk Yeol, accusé d’avoir tenté de déclarer la loi martiale pour se maintenir au pouvoir, dans ce qui est désormais l’une des plus graves affaires politiques que le pays ait connues depuis des décennies. Cette requête marque une escalade dans l’enquête pour insurrection et obstruction menée contre l’ex-chef de l’État.
Yoon Suk Yeol, qui a quitté la présidence en mars 2024, fait l’objet d’une enquête approfondie depuis plusieurs mois. Le procureur l’accuse d’avoir, dans les derniers jours de son mandat, tenté d’imposer un état d’exception afin d’empêcher la passation du pouvoir à son successeur, alors que son parti avait perdu les élections générales. Selon les éléments recueillis, Yoon aurait ordonné à des responsables militaires de préparer un déploiement dans la capitale, Séoul, sous couvert de troubles civils imminents.
Le bureau du procureur spécial a justifié la demande de mandat d’arrêt en avançant que l’ancien président continue d’entraver l’enquête en cours. Yoon est notamment soupçonné d’avoir influencé des témoins et d’avoir tenté de faire disparaître des preuves numériques liées aux réunions confidentielles tenues au palais présidentiel durant la période de crise.
Depuis le début de l’affaire, Yoon nie en bloc toutes les accusations. Présent à son procès pénal à Séoul, il a qualifié les poursuites de « vengeance politique » orchestrée par ses adversaires. Mais les révélations successives, issues de témoignages de hauts responsables militaires et de documents confidentiels déclassifiés, ont considérablement affaibli sa ligne de défense.
Cette affaire plonge une fois de plus la Corée du Sud dans une crise institutionnelle majeure, dans un pays déjà marqué par plusieurs scandales présidentiels. En 2017, la présidente Park Geun-hye avait été destituée puis emprisonnée pour corruption. L’épisode actuel relance les débats sur le pouvoir présidentiel et les garde-fous démocratiques en cas de crise politique aiguë.
Le tribunal central de Séoul doit désormais se prononcer sur la demande de mandat dans les prochains jours. Si elle est acceptée, Yoon Suk Yeol deviendrait le deuxième ancien président sud-coréen à être arrêté dans les années récentes, un symbole fort de l’indépendance croissante de la justice dans un pays longtemps marqué par l’impunité des élites.