Congo : l’ex-président Kabila réapparaît à Goma, fief rebelle, et relance les tensions
Congo : l’ex-président Kabila réapparaît à Goma, fief rebelle, et relance les tensions

Pour la première fois depuis son exil en 2023, l’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, est réapparu publiquement ce jeudi à Goma, dans l’est du pays — une zone aujourd’hui sous contrôle des rebelles du M23 soutenus par le Rwanda, selon plusieurs sources onusiennes et occidentales. Cette visite surprise, dans un territoire tenu par une rébellion armée, fait craindre une nouvelle escalade politique et militaire.

Vêtu d’une veste grise et d’une chemise bleue, Kabila n’a pas pris la parole devant les médias mais a reçu des responsables religieux à sa résidence de Kinyogote, à l’ouest de Goma. « L’ancien président nous a appelés pour exprimer sa volonté de voir la paix revenir dans l’est du pays et à travers tout le Congo », a déclaré Joel Amurani, président du groupe Interfaith Synergy for Peace and Mediation, présent à la rencontre.

Mais le retour de Kabila sur la scène publique ne fait pas l’unanimité. Kinshasa l’accuse de se positionner en chef rebelle de facto, aux côtés du président rwandais Paul Kagame, qu’elle tient pour responsable du soutien militaire au M23. Le gouvernement de Félix Tshisekedi l’accuse également de crimes contre l’humanité pour son rôle présumé dans les violences commises dans l’Est, notamment le soutien à l’insurrection et l’implication dans des massacres de civils. Son parti a été suspendu et ses avoirs gelés.

L’entourage de l’ancien président rejette ces accusations et nie tout lien avec le M23. Un proche collaborateur a indiqué que les rencontres à Goma avaient pour but d’écouter les doléances des acteurs locaux face aux défis sécuritaires. Des discussions sont prévues vendredi avec des figures politiques, administratives, militaires et issues de la société civile.

Cette réapparition de Joseph Kabila pourrait bouleverser les efforts de médiation en cours. Washington, qui tente de négocier un accord de paix entre la RDC et le Rwanda, redoute une déstabilisation supplémentaire. Selon Massad Boulos, conseiller principal de Donald Trump pour l’Afrique, un accord pourrait être signé cet été, accompagné de projets d’investissements miniers de plusieurs milliards de dollars.

Le M23, qui a conquis plus de territoires que jamais depuis janvier, est accusé par l’ONU et plusieurs puissances occidentales d’être soutenu par Kigali. Le Rwanda continue de nier tout soutien direct, affirmant que ses actions relèvent de la légitime défense contre l’armée congolaise et des milices hutus issues du génocide de 1994.

La durée du séjour de Kabila en zone rebelle reste inconnue. Mais son retour physique et symbolique dans un territoire hors de contrôle de Kinshasa pourrait bien rebattre les cartes dans un conflit régional déjà explosif.

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