L’Assemblée nationale cambodgienne a adopté lundi un amendement à la loi sur la nationalité autorisant le gouvernement à révoquer la citoyenneté de toute personne reconnue coupable de complot avec des puissances étrangères portant atteinte aux intérêts nationaux.
Le texte, voté à l’unanimité par les 120 députés présents, doit encore être validé par le Sénat et promulgué par le roi Norodom Sihamoni, des étapes généralement formelles dans un pays où le Parti du peuple cambodgien (CPP) du Premier ministre Hun Manet domine l’ensemble des institutions.
Ses détracteurs dénoncent une mesure destinée à museler les voix critiques et à intimider les opposants politiques. La veille du vote, une cinquantaine d’organisations non gouvernementales cambodgiennes ont publié une déclaration commune exprimant leur « profonde inquiétude » face à un texte aux contours « vagues », qui pourrait avoir un « effet désastreux et paralysant sur la liberté d’expression de tous les citoyens cambodgiens ». Elles estiment que le retrait de la citoyenneté reviendrait à priver les militants de la base même de leurs droits.
Le ministre de l’Intérieur, Sar Sokha, a justifié la réforme en invoquant la montée du nationalisme liée au récent conflit frontalier avec la Thaïlande, qui a duré cinq jours en juillet avant qu’un cessez-le-feu fragile ne soit conclu. Selon lui, un petit groupe de Cambodgiens agirait contre les intérêts du pays et devrait être déchu de sa nationalité. « Ceux qui, directement ou indirectement, nuisent aux intérêts de la nation et de son peuple ne devraient plus être considérés comme citoyens cambodgiens », a-t-il déclaré.
La mesure concerne aussi bien les citoyens de naissance que les personnes ayant une double nationalité ou encore les étrangers naturalisés. Plusieurs figures de l’opposition et critiques du gouvernement disposent d’ailleurs de passeports étrangers, ce qui alimente les craintes d’une utilisation sélective de la loi pour cibler les adversaires du pouvoir.
Le Cambodge a déjà dissous son principal parti d’opposition, le Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP), en 2017, sur décision de justice. Son chef, Kem Sokha, avait été arrêté et condamné pour trahison, accusé d’avoir comploté avec les États-Unis. De nombreux observateurs considèrent les tribunaux comme étroitement contrôlés par le CPP, dirigé pendant près de quatre décennies par Hun Sen, le père de Hun Manet.
Le Premier ministre a assuré que les « vrais patriotes » n’avaient rien à craindre de la nouvelle loi. Selon lui, seuls ceux qui conspirent avec des puissances étrangères devraient s’inquiéter : « Aucun patriote sincère ne comploterait pour détruire son pays », a-t-il affirmé lors d’un discours en juillet.
Cette réforme s’inscrit dans un contexte de répression politique persistante, critiquée par les pays occidentaux et les organisations de défense des droits humains, qui y voient une nouvelle étape dans la consolidation du pouvoir du CPP et dans la marginalisation de toute opposition organisée.