Bosnie : le haut représentant débloque les finances de l’État, les Serbes dénoncent une ingérence
Bosnie : le haut représentant débloque les finances de l’État, les Serbes dénoncent une ingérence

Le haut représentant international en Bosnie-Herzégovine, Christian Schmidt, a ordonné jeudi le règlement d’une dette bloquant le budget 2025, déclenchant la colère des dirigeants serbes du pays. Cette décision, prise dans le but de sortir de l’impasse budgétaire, risque de relancer la crise politique dans ce pays encore marqué par les séquelles de la guerre des années 1990.

En vertu de ses pouvoirs spéciaux, Schmidt a statué que la dette contractée envers la société slovène Viaduct serait remboursée via la part des recettes autoroutières attribuées à l’entité serbe autonome, la République serbe de Bosnie (Republika Srpska). Il a précisé que cette décision entrait en vigueur immédiatement, malgré l’opposition des représentants serbes.

Ces derniers estiment que la dette aurait dû être réglée à partir des profits de la banque centrale du pays, et dénoncent une violation du délicat équilibre institutionnel issu des accords de paix de Dayton. « Schmidt n’a pas le droit de prendre ce genre de décisions. Ce qu’il fait, c’est détruire la Bosnie-Herzégovine », a affirmé Milorad Dodik, président de la Republika Srpska, lors d’une conférence de presse. Le leader nationaliste pro-russe, qui milite ouvertement pour la sécession de l’entité serbe, a également déclaré que cette décision montrait « l’échec de la politique européenne dans le pays ».

Le litige porte sur une vieille dette liée à un projet hydroélectrique abandonné en 2013. À l’époque, le gouvernement de la Republika Srpska avait rompu un contrat de construction avec l’entreprise Viaduct, qui a ensuite porté l’affaire devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), basé à Washington. L’instance a tranché en faveur de l’entreprise slovène, mais le paiement n’avait jamais été exécuté, paralysant le vote du budget national.

La décision de Schmidt intervient dans un climat politique tendu. La Bosnie-Herzégovine, divisée entre la Fédération croato-bosniaque et la Republika Srpska, fonctionne sous un système complexe de partage du pouvoir, fruit des accords de paix signés en 1995. Le pays est officiellement candidat à l’Union européenne, mais sa progression est entravée par des blocages institutionnels récurrents et des tensions ethno-politiques profondes.

Christian Schmidt, ancien ministre allemand, détient un mandat international lui permettant d’intervenir dans la législation bosnienne pour garantir la stabilité du pays. Toutefois, les autorités de la Republika Srpska ne reconnaissent ni sa légitimité, ni ses décisions, qu’elles considèrent comme des atteintes à leur autonomie.

Alors que la Bosnie tente de sortir de cette nouvelle impasse financière, la décision du haut représentant risque de relancer les appels à la désobéissance institutionnelle du côté serbe, compliquant encore davantage la gouvernance d’un pays toujours fragile, près de 30 ans après la fin de la guerre.

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