Un lycéen sur cinq déclare avoir vécu une relation amoureuse avec une intelligence artificielle @AP
Un lycéen sur cinq déclare avoir vécu une relation amoureuse avec une intelligence artificielle @AP

L’intelligence artificielle s’immisce désormais jusque dans la vie sentimentale des adolescents. D’après une enquête menée par le Centre pour la démocratie et la technologie (CDT), près d’un lycéen sur cinq affirme avoir eu une relation amoureuse avec une IA, ou connaître quelqu’un dans ce cas. Plus largement, 42 % des élèves interrogés déclarent avoir utilisé un agent conversationnel ou une application d’IA pour leur tenir compagnie. L’étude, réalisée aux États-Unis auprès d’un millier d’élèves, d’autant de parents et de 800 enseignants, met en lumière l’ampleur du phénomène et ses effets collatéraux. La quasi-totalité des jeunes interrogés (86 %) a utilisé un outil d’intelligence artificielle au cours de l’année écoulée, souvent à des fins scolaires, mais aussi personnelles. Selon les chercheurs, plus les écoles utilisent l’IA pour l’apprentissage, plus les élèves déclarent avoir établi des liens émotionnels avec ces systèmes.

Des usages intimes, mais aussi des risques accrus

Elizabeth Laird, l’une des autrices du rapport, souligne que cette proximité avec les IA peut exposer les adolescents à de nouveaux dangers : violations de données, deepfakes ou harcèlement en ligne. Les établissements ayant recours massivement à ces outils sont aussi ceux qui rapportent le plus d’incidents de cybersécurité. Près de 30 % des enseignants très utilisateurs d’IA affirment que leur école a déjà subi une fuite de données. Les chercheurs observent également une inquiétante tendance : dans les écoles où l’IA est omniprésente, les élèves sont plus nombreux à dire qu’ils se sentent moins connectés à leurs enseignants et plus dépendants de la technologie pour combler des besoins affectifs ou psychologiques. Certains utilisent des chatbots pour parler de leur mal-être, chercher du réconfort ou même simuler une relation amoureuse.

Des adolescents en quête de soutien émotionnel

Près d’un tiers des élèves reconnaissent avoir échangé avec une IA sur des sujets personnels à l’aide d’appareils fournis par l’école. Pour Laird, cette frontière floue entre outil pédagogique et confident numérique soulève de sérieux enjeux de protection des données et de santé mentale. « Les étudiants doivent comprendre qu’ils ne parlent pas à une personne, mais à un outil aux limites bien connues », insiste-t-elle. Le CDT appelle à une meilleure formation des enseignants et à un encadrement clair de ces usages. Seuls 11 % des professeurs interrogés ont reçu une formation pour identifier les situations où l’IA pourrait nuire au bien-être d’un élève. Les chercheurs recommandent d’intégrer à l’école une véritable éducation à l’IA, axée sur l’esprit critique, la vie privée et les relations numériques. Cette étude illustre une mutation rapide : l’intelligence artificielle ne se limite plus aux salles de classe ou aux moteurs de recherche. Elle devient un interlocuteur affectif, parfois intime, pour une génération en quête d’écoute et de repères, au risque de brouiller encore un peu plus la frontière entre l’humain et la machine.

Que retenir rapidement ?

L’intelligence artificielle s’immisce désormais jusque dans la vie sentimentale des adolescents. D’après une enquête menée par le Centre pour la démocratie

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